Paris
Auteur de textes à lire et dire et jouer,intervient dans un lieu consacré à l'action culturelle et à la production: LE LOCAL: 18 rue de l'Orillon - 75011. Réalisations récentes: Nasr eddin Hodja avec Salah Teskouk, mise en scène de Gabriel Debray (Le local 2006) Ô Belleville par l'atelier de théâtre contemporain du Local (juin 2007- mise en scène de Gabriel Debray) Tout ça n'empêche pas Nicolas, par les mêmes, juin 2008 les tribulations d'Orphée juin , octobre 2009 ------------------------------------- Pour contacter: cliquer sur le lien "afficher le profil complet"

jeudi 24 juin 2010

nouveau spectacle les 2,3,4 juillet 2010 au LOCAL

POUR UNE BRANCHE D'ARBRE...

Pièce de Claude Weill Interprétée par les participants de l’atelier Théâtre contemporain, mise en scène de Gabriel Debray.

Où l’on voit comment la chute d’une branche d’arbre sur un chemin vicinal du petit village de la Ferté en Tapinois va bouleverser la vie apparemment tranquille de ses habitants et devenir une ténébreuse affaire d’état…

Vendredi 2 et samedi
3 juillet à 20h30 Dimanche 4 juillet à 17h00

mercredi 6 mai 2009

Théâtre: pièces réalisées ou en cours


Le Local

18 rue de l'Orillon

75011 Paris

Renseignements et réservations :Tel : 01 46 36 11 89


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LES TRIBULATIONS D'ORPHEE

Pièce de Claude Weill

Interprétée par les participants de l’Atelier Théâtre contemporain

Mise en scène de Gabriel Debray.


Affabulation comique, caustique, cosmique et cosmétique. Orphée: " ...l'enfer n'est pas ce que l'on dit... il manque d'imagination c'est une scène où se joue et se rejoue sans cesse interminablement terriblement le seul grotesque de la vie..."



Vendredi 26 juin 2009 à 20h30

Samedi 27 juin à 20h30

Dimanche 28 juin à 17h00

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Tout ça n’empêche pas Nicolas…


Pièce de Claude Weill

Mise en scène par Gabriel Debray

Lumières de Jacques Bouault

Avec les participants de l’atelier Théâtre


18 mars -28 mai 1871 : la Commune de Paris…


Les habitants d’un petit immeuble du quartier du Bas-Belleville vivent cette expérience historique et prennent en main leur destin. La pièce nous fait partager leur formidable espoir de changer la vie. Bientôt l’immeuble entre en Commune. On sait comment tout cela se termine et les horreurs de la Semaine Sanglante. On sait moins ce qu’on doit à la Commune, ses idées sociales, de justice, de liberté et surtout de démocratie. Rien ne pourra être comme avant, même si l’histoire, parfois, est prise d’odieux bégaiements. Tout ça n’empêch’ pas Nicolas Qu’ la Commune n’est pas morte ! (Eugène Pottier)



Premières représentationsles 27, 28 et 29 juin 2008 au Local

Présentée au banquet annuel des Amis de la Commune de Paris le 19 mars 2009


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Ô Belleville


Pièce de Claude Weill

Mise en scène par Gabriel Debray

Lumières de Jacques Bouault


Avec les participants de l’atelier Théâtre

Revue à jouer dans les murs et hors les murs ! Du frisson et des larmes avec les fantômes de Belleville ! Et pour mener la Revue : Madame Magie, laitière-crémière rue du Faubourg du Temple, Abdoul livreur de bois et charbons, employé de la maison Poirot rue Saint-Maur. Avec la participation exceptionnelle du Génie de la lampe, du Luftmensche et de nombreux personnages plus ou moins historiques.

Créée en juin 2007

Extraits présentés le 10 février 2008 dans le cadre des escales de la mémoire au Local.



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Nasr Eddin Hodja à Paris


De Claude Weill

Avec Salah Teskouk

Mise en scène Gabriel Debray

Lumières de Jacques Boüault


Nasr Eddin, à la suite d’on ne sait quelles pérégrinations, se retrouve aujourd’hui sur le macadam parisien. Éternel émigré, clochard, routard, vagabond, petit délinquant, marginal, déficient mental, sans toit, sans loi, sans foi, il va se heurter aux rigidités de cet âge de béton.


Créée en novembre 2006

lundi 22 octobre 2007

Haïkus







Il suffirait de pousser la porte
S’abandonner à la tiédeur
Mais comment oublier la morsure du gel




Sur les rochers
Les mouettes sommeillent
La tête dans le soleil




Vent et brume
Gerbes d’écume
La mer en colère




Grincement de chaise
Crissement de plumes
La grise adolescence s’use



Les essieux du wagon
Gémissent et pleurent
Nul ne s’en soucie






Les Parisiens
Sont chagrin
Même leurs chiens




Non
Les nuages ne sont pas des moutons
Mais de sales flocons
De coton




Orage
La route droite et mouillée
Scintille sous le soleil





Parfum de boue chaude
Parfum d’été
Je voudrais embrasser la terre




A Nantes
Non seulement il pleut
Mais il vente




A la gare
Personne au départ
Par hasard




Manger les étoiles
Sucer la moelle du temps
Boire l’azur




Ciel trop bleu
Chaleur suffocante
Désir de nuages




Vent d’été
Grappes de fruits rouges
Les croquer




Chairs des cerises
Herbes coupées
Parfums d’été





Rue Jacques Prévert
Entre les façades grises
Pleurent des arbres pelés



La pétarade des pelleteuses
Brise
Le flamboiement du soleil



lundi 1 octobre 2007

Nuit d'août à S...

Ah ! La mer était belle, moutonnée, irisée, et les rouleaux déferlaient en rugissant ; les rayons de soleil qui perçaient entre les cumulus donnaient au tableau une splendeur irréelle et c’est en clignant des yeux que je me jetai à l’eau sans réfléchir, fasciné, captivé, comme happé par une toile de Matta ou Dali. Je fus immédiatement roulé, broyé et déposé sur le sable. Quand je tentai de me relever une douleur vive traversa ma jambe droite.
C’est ainsi que je me retrouvai un samedi soir à huit heures, ma compagne à mes côtés, allongé sur une civière et ballotté dans une ambulance à la suspension cacochyme roulant en direction du service d’urgence de l’hôpital de S….

Case n°1
Je suis sur la case Départ…

« Z’avez votre carte verte ? Z’avez une mutuelle ? » . J’étais admis. Sur une civière mitoyenne, dans le sas d’admission, était étendu un individu au crâne sanguinolent qui demandait « qu’on l’éponge », mais on était là pour les papiers, chaque chose en son temps. L’ordinateur central ayant digéré les données on nous sépara, le crâne sanglant n’est pas encore en règle, mon épouse est dirigée fermement vers la salle d’attente. Je suis déposé sans un mot dans un couloir auprès d’une porte sur laquelle une pancarte indique « salle de choquage -ou chocage ? …je ne me souviens plus… bien que j’y stagnai trois quarts d’heure sans que personne ne m’adresse la parole. Ma jambe me fait souffrir, mais, lecteur de Charlie hebdo et des chroniques de Patrick Pelloux, je n’ose ameuter les travailleurs médicaux aux prises avec la grande misère du service public, je prends donc, au sens propre de l’expression, mon mal en patience, je serai un patient exemplaire…

Case n°2
La partie commence très lentement …le chemin est semé d’obstacles…
Un costaud en blouse blanche vient me pousser et m’entreposer dans un « box » :
- je vous mets là, un médecin viendra vous examiner
- quand ?
- je ne peux pas vous dire

Et la porte est fermée.
Un lavabo, une paillasse et un énorme sac peu ragoûtant de « déchets mous »à proximité de l’engin métallique sur lequel je suis étendu. Dans la partie supérieure de la porte une ouverture vitrée me permet, pendant l’heure que je passe seul en ces lieux, de voir de temps en temps des visages fermés apparaître fugitivement. Je leur lance des regards interrogateurs mais ils n’y prêtent pas attention, ls viennent seulement, apprécier si je présente des signes de vie. J’ai mal, j’ai soif, la chaleur est intense, je voudrais bien ôter ma veste en laine et en plus j’ai envie de pisser, mais je suis incapable de me lever.

Une bonne heure passe ainsi.

J’attends.




Case n° 3
J’ai tiré une carte : Chance…Malheur à moi, c’est la fée Carabosse…
Enfin la porte s’ouvre et entre une femme d’une cinquantaine d’années en blouse blanche sur laquelle figure l’inscription « SMUR S… », un médecin je pense. Elle a l’air de méchante humeur, elle est brutale. Pas de présentation, on entre tout de suite dans le vif du sujet :

-Qu’est ce qui vous arrive ?
- Vous faites du sport ?
-Vous suivez un traitement ?
-Vous avez mal là ?

-Oui j’ai mal (Aux secours ! Elle n’y va pas de main morte…)

-Radio ! C’est peut-être un tendon, je ne comprends pas, vous ne devriez pas avoir mal là !

Case n°4
Le jeu ralentit…Le sort m’est défavorable…
Elle sort, après avoir griffonné hâtivement sur un papier déposé dans une grande enveloppe à mes pieds ; je ne peux l’atteindre. J’aurais voulu la questionner mais à l’évidence ce serait superflu, elle a visiblement des tâches plus urgentes à accomplir. L’examen a duré deux minutes. Fermeture du box.

J’attends.

Case n°5
Espoir…et déception……
On vient me chercher, on me pousse, on déambule dans des couloirs aveugles sans fin jusqu’au service radio. Je dis on, car poussé par derrière je ne peux voir le visage de mon conducteur ni d’ailleurs entendre le son de sa voix. Je suis déposé à nouveau, maintenant j’ai froid.

J’attends.
J’ai toujours mal et envie de pisser…

Case n°6
Une nouvelle chance ?…
Service radio. Sourires aimables de l’aide–soignante, c’est une bonne fée, du radiologue, c’est un enchanteur, le sort me serait-il enfin favorable ?
J’interroge : « le médecin interprètera, il vous dira »…les radios sont déposées à mes pieds, je ne peux les atteindre. .

Retour à la case départ… nouvelle déception… la chance s’éloigne…j’ai dû tirer une mauvaise carte…
A nouveau poussé et déposé dans le couloir j’attends le retour de mon médecin. Sans un mot ni un regard vers moi elle arrive, prend les radios les dispose sur l’écran situé sur le mur en face …et disparaît.



Case n°….Prison ?
J’attends, j’attends une bonne heure.

J’interroge un infirmier qui passe : où est mon médecin ? Il ne sait pas, ne peut pas me répondre, je dois patienter, elle va revenir… « Elle a regardé vos radios ? Non je ne sais pas pourquoi elle est partie… Oui c’est étrange, elle va revenir… Vous devez attendre c’est tout ce que je peux vous dire… »

C’est mal barré, j’ai encore tiré la mauvaise carte, la partie s’annonce délicate
Je patiente, j’imagine qu’on l’a appelée pour une urgence, un accident de la route peut-être, je vais bien me conduire, je ne vais pas râler et pourtant j’ai mal. Pourquoi ne m’ont-ils rien donné pour calmer la douleur ?
Un autre médecin passe : « C’est vos radios là ? Je vais les regarder… ». Il les emporte…

J’attends.


Case suivante
Je suis bloqué…
Enfin elle revient : « Après neuf heures de garde les médecins sont des gens comme les autres, ils ont bien le droit de prendre une heure pour manger ! » Enfin un sourire, elle est humaine, j’en conviens… mais je n’en pense pas moins : pourquoi la faim l’a-t-elle saisie au milieu de la lecture de ma radio ?

-Où sont vos radios ?
-C’est…un monsieur qui les a prises…

Elle repart.
J’attends.

Case suivante
L’issue est proche…
Elle revient :
- Alors qu’est-ce que j’ai ?»
- Rien de cassé, les ligaments peut-être, de toutes façons, on ne peut rien faire de plus, on ne peut pas le voir à la radio, faudra voir par la suite, ça peut être une tendinite, je ne crois pas que ce soit les croisés, mais on ne sait jamais, faudra surveiller, je vous prescrits des anti-algiques ».

Et elle s’en va…

Les croisés… Voilà l’ennemi…Mais c’est quoi cette histoire de croisade ?.


Fin de partie
Ai-je gagné ou perdu ?
Alors là tout va très vite, l’ordonnance m’est donnée, on m’installe dans un fauteuil roulant et en deux minutes je suis conduit vers la sortie, je proteste :
- Mais j’ai de la famille qui m’attend en salle d’attente !
- Je dois vous conduire à la sortie ! »

Je suis, dans la nuit, sur le parvis de l’hôpital, en plein vent, en bermuda, soumis à la pluie fine, recroquevillé dans mon fauteuil roulant, la jambe douloureuse …et la vessie aussi…et c’est là, alors que je réactive mon téléphone portable, que mon fils qui patientait dans la salle d’attente depuis des heures, sorti pour cloper, a la surprise de me retrouver…

Enfin…pisser…

Et si je n’avais pas eu de téléphone portable, et si je n’avais pas eu de famille, et si …aurais-je passé la nuit sur le parvis de l’hôpital de S… ?

mercredi 19 septembre 2007

L'homme tronc

Et ça recommence,
Et pourquoi faut-il
Nom de nom
Que je m’obstine à regarder
Ces foutues zinformations
Alors que je sais pertinemment
Que je vais m’énerver bêtement
Avec un sentiment d’impuissance agaçant,
Pour savoir
Oui pour savoir
Mais ça c’est l’alibi que je me trouve,
En fait je suis fasciné,
Happé
Dévoré
Gobé
Par l’immonde créature chimérique
Je suis accaparé
Baal-hamon mène le bal
Baal Moloch
Veut des sacrifices
Baal zebuth audimat
Veut se gaver d’âmes
Je suis sa victime consentante
Et l’homme tronc gominé
Idole mièvre maquillée
Continue à égrener
Doucereusement
La litanie des faits-divers,
La violence dans les écoles,
Dans les quartiers
Sur les plages
Sur les pavés
Le moindre fait est relevé
Examiné
Exhibé
A satiété
A volupté
A grands renforts
D’images nocturnes infernales
Ensoufrées
Enflammées
Enfumées
Sanglantes
Mordorées
Confuses
Et maintenant la météo
C’est la saison du blanc
Un quart d’heure de banalités éculées
Sur la neige, les routes bloquées
Le calvaire, le CALVAIRE,
Des automobilistes pris dans la tourmente,
Un reportage sur les malheureux
Naufragés, NAUFRAGES de la route
Obligés de dormir une nuit,
UNE NUIT,
Dans des gymnases chauffés,
Rapidement on enchaîne
Un tremblement de terre en Indonésie,
Images à peine esquissées
Esquivées
D’immeubles effondrés
Et de sauveteurs en cirés,
Puis on passe,
La campagne électorale
Avec gros plan saisissant
De Sarko-nabot
Napo-Sarko
Souriant
Prenant son bain populaire
Et s’enivrant
Du parfum exotique
De la sueur du travailleur
Dans un atelier industriel,
Reportage pour finir
Sur le show
D’une quelconque bimbo pasteurisée
Qui chuinte comme un porcelet
Et déclenche les ovations énamourées
D’un public préadolescent,
Puis remétéo,
La neige encor
Et des conseils de prudence,
Appelez le 115
N’hésitez pas
Mais la neige ne suffit pas
Elle est rare
Clairsemée
Et sans transition
L’on s’attendrit
Sur les sports d’hiver
Sinistrés
SINISTRES
Et en plus
Et pour finir
Il nous remercie
De l’avoir écouté
Cet enfoiré,
Et alors là c’est la honte,
L’angoisse,
Je me repens,
Oui je me repens,
C’est comme pour le tabac,
C’est du pareil au même,
On voudrait s’en défaire
Et on en redemande,
Rien à faire,
Je suis accro,
Intoxiqué,
Empoisonné
À mort,
On m’a tripatouillé
La cervelle,
On m’a clouté
Des saloperies
Dans la conscience,
On y a agrippé
Des ventouses,
Des satanées sangsues immondes,
Des sangsues souriantes gominées,
Maquillées,
Pomponnées,
Policées,
Et je regarde
Mes chats qui pioncent sur le canapé
Peinards,
Heureux,
Oui je crois qu’ils sont heureux,
Parce qu’ils ne savent pas,
On ne peut même pas dire
Qu’ils s’en foutent,
Ils ne savent pas,
Ils prennent le temps
Et encore
Ils ne connaissent pas le temps,
Non ils sont là,
Ils profitent,
Jouisseurs sans vergogne,
Et en plus je crois qu’ils rêvent,
Et je suis jaloux
De leur sagesse,
Le nirvana a,
C’est ça le nirvana a,
S’il y avait un dieu
Je lui demanderais d’être chat,
Mais y’a pas de dieu
Et j’en ai la preuve,
Quel dieu,
Quel dieu,
Car comme chacun sait
Le dieu unique est bonté,
Quel dieu aurait voulu inventer
Un monde dans lequel
On est contraint de supporter
Les zinformations,
L’homme tronc
Est la preuve vivante et suffisante que dieu n’existe pas,
Il est une démonstration vivante
De la nécessité d’être athée
Et c’est d’ailleurs sa seule utilité,
Contempler l’homme tronc
C’est comprendre
Que l’homme est seul face à l’univers,
C’est réaliser
Son absolue solitude et son dénuement,
L’homme tronc doit ramener
Tout individu doué
D’un minimum de raison
À l’humilité
De sa condition,
Non l’homme n’est pas au centre
Ni au sommet
De la création,
Il n’y a pas de création
Il est un accident
De la nature,
Une tumeur dégénérative,
Une bavure,
Et certaines bavures
Bavent davantage que d’autres,
Où bavassent,
Bavardent,
Bavochent
Et je comprends alors
Pourquoi je regarde
Les zinfos,
Je regarde le miroir
Qui me renvoie une image
Vraie
De ce que je suis,
Un être imparfait,
Fragile,
Faible,
Flou,
Flasque,
Fugitif,
Fourbe,
Fou,
Foireux
Merci
À l’homme tronc
Pour m’avoir ainsi démontré
La forme entière
Et vraie
De l’humaine condition.

Du sens de l’expression : quand les poules auront des dents

Du sens de l’expression : quand les poules auront des dents.

En ce temps là les escargots n’avaient pas de cornes, les kangourous n’avent pas de poches, les girafes n’avaient pas de taches, les agents n’avaient pas de képis (qu’ils ont d’ailleurs récemment perdus, mais c’est une autre histoire) mais les poules avaient des dents, de très grandes dents d’ailleurs, des dents en or, en argent, et même parfois en diamant. Cependant, comme les échanges économiques étaient très réduits, ni l’or, ni l’argent, ni les diamants n’étaient recherchés, ce qui fait que les poules vivaient très heureuses et qu’on leur laissait la paix.
Bien des siècles ont passé et même des millénaires, les escargots maintenant ont des cornes, les kangourous ont des poches, les agents ont eu des képis, mais les poules n’ont plus de dents. Par contre elles pondent des œufs qui sont très recherchés, elles ont perdu leur tranquillité et vivent dans des poulaillers, ce qui n’est pas toujours bien agréable ; mais elles n’ont pas perdu espoir et elles attendent le temps, l’heureux temps où, à nouveau, les poules auront des dents !

samedi 16 juin 2007

Temps modernes

A l’heure de tous les dangers
quand les nationalismes outranciers
s’affrontent militairement
certains brandissant
la menace nucléaire
chimique ou bactériologique
quand le communautarisme frappe à la porte
quand l’intolérance religieuse
alliée à la bêtise obscurantiste
redresse son mufle
quand le racisme se déchaîne
par les mots et par les actes
quand révisionnisme et antisémitisme
deviennent des opinions
quand des fascistes patentés
ont porte ouverte à la télé
quand le corps humain devient une valeur marchande
quand les valeurs se réduisent au seul argent
quand la loi morale est celle
du chacun pour soi
quand mérite se confond avec
rentabilité et productivité
quand l’économisme
est l’idéologie
et qu’on vous répète
qu’il n’y a plus d’idéologie
que l’histoire se termine au paradis
de la libre-entreprise
quand la solidarité est
un show et un bizness
mais que par ailleurs
le voisin d’étage peut crever
quand la réussite d’un état
se mesure à la croissance
et que deux hommes sur trois crèvent de faim
quand les ressources s’amenuisent
et croissent les profits
quand on loue les droits de l’homme
qui ne sont nulle part respectés
quand une propagande sirupeuse
habilement distillée
endort les consciences
quand tranquillement
l’on vaque à ses petites affaires
qu’on achète et qu’on vend
qu’on rachète et qu’on jette
et que l’important
c’est d’avoir sur le dos
le tissu à la mode
et les chaussures au pied
à la mode de même
et qu’on en voie la marque
que ce soit cher surtout
et qu’on ne soit pas pris
pour le dernier minable
pour avoir confondu
supérette de quartier
avec une marque de montre
quand on a peur surtout
d’être montré du doigt
quand il vous faut
sous peine d’être traité d’idiot
apprécier ou bien feindre
le dernier tube du mois
quitte à le mois suivant
le rejeter dégoûté
car quand on dit culture
il faut penser câblage
ciblage branchement
consommé éphémère
enfin jamais passé histoire
savoir
quand le tirage
mesure l’ouvrage
quand un libraire « de masse »
vous dit »y’a plus de place pour la poésie
nous faut qu’ça tourne
ça encombre les étalages
quand le jargon
remplace la pensée
qu’importe
pourvu que le philosophe
ait une belle chemise
et qu’il passe bien à la télé
et qu’il ait vu le loft
ou qu’il en ait parlé
quand il est de bon ton
de cracher sur Sartre
maintenant qu’il est mort
et que c’est dans le vent

tout cela
et que sais-je encore
tout ce qui va venir
et qu’on sent approcher
l’immonde
l’obscur
le chaos
la mêlée
les Auschwitz de demain
les Pol Pot à venir
les holocaustes multipliés
et tout ce que l’on ne sait nommer
quand l’on vous dit
qu’on n’y peut rien
quand l’on vous dit
qu’on s’occupe de vous
quand vous pensez
que vous n’en n’avez rien à faire
que ce n’est pas votre affaire
que tant pis pour les autres
que vous vous en tirerez
que c’est la faute des autres
des étrangers
des technocrates
des juifs
des arabes
des tsiganes
pas de la vôtre
quand vous êtes convaincus
que ce n’est pas vrai
que celui qui a écrit ça
est un emmerdeur
un menteur
un halluciné
un qui voit les choses en noir
un qui n’a rien d’autre à faire
qui en rajoute
qui en fait trop
un simplificateur
un attardé de soixante-huit
un demeuré
qu’a rien compris
qu’a du temps à perdre
qui use du papier pour rien
et de l’encre
qu’est pas branché
pas câblé
pas cool
quand vous ne dites rien
quand vous ne pensez rien
quand vous vous taisez
quand vous mangez
quand vous dormez
tranquille
quand vous êtes fatigués
et que ça vous fatigue
quand vous n’avez pas le temps
parce qu’il y a la vie
le boulot
les enfants
les ennuis
les courses
le ménage
les transports
et puis qu’en attendant
mieux vaut en profiter
et le ski à noël
ou bien en février
les vacances à organiser
tout cela est si lourd
comme ceux
qui comme vous
à Berlin
à Hambourg
à Munich
le savaient
se taisaient
ou bien
ne pensaient rien
vous êtes déjà coupables
de complicité
active
ou passive
avec la barbarie à venir