Paris
Auteur de textes à lire et dire et jouer,intervient dans un lieu consacré à l'action culturelle et à la production: LE LOCAL: 18 rue de l'Orillon - 75011. Réalisations récentes: Nasr eddin Hodja avec Salah Teskouk, mise en scène de Gabriel Debray (Le local 2006) Ô Belleville par l'atelier de théâtre contemporain du Local (juin 2007- mise en scène de Gabriel Debray) Tout ça n'empêche pas Nicolas, par les mêmes, juin 2008 les tribulations d'Orphée juin , octobre 2009 ------------------------------------- Pour contacter: cliquer sur le lien "afficher le profil complet"
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jeudi 24 juin 2010

nouveau spectacle les 2,3,4 juillet 2010 au LOCAL

POUR UNE BRANCHE D'ARBRE...

Pièce de Claude Weill Interprétée par les participants de l’atelier Théâtre contemporain, mise en scène de Gabriel Debray.

Où l’on voit comment la chute d’une branche d’arbre sur un chemin vicinal du petit village de la Ferté en Tapinois va bouleverser la vie apparemment tranquille de ses habitants et devenir une ténébreuse affaire d’état…

Vendredi 2 et samedi
3 juillet à 20h30 Dimanche 4 juillet à 17h00

mercredi 6 mai 2009

Théâtre: pièces réalisées ou en cours


Le Local

18 rue de l'Orillon

75011 Paris

Renseignements et réservations :Tel : 01 46 36 11 89


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LES TRIBULATIONS D'ORPHEE

Pièce de Claude Weill

Interprétée par les participants de l’Atelier Théâtre contemporain

Mise en scène de Gabriel Debray.


Affabulation comique, caustique, cosmique et cosmétique. Orphée: " ...l'enfer n'est pas ce que l'on dit... il manque d'imagination c'est une scène où se joue et se rejoue sans cesse interminablement terriblement le seul grotesque de la vie..."



Vendredi 26 juin 2009 à 20h30

Samedi 27 juin à 20h30

Dimanche 28 juin à 17h00

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Tout ça n’empêche pas Nicolas…


Pièce de Claude Weill

Mise en scène par Gabriel Debray

Lumières de Jacques Bouault

Avec les participants de l’atelier Théâtre


18 mars -28 mai 1871 : la Commune de Paris…


Les habitants d’un petit immeuble du quartier du Bas-Belleville vivent cette expérience historique et prennent en main leur destin. La pièce nous fait partager leur formidable espoir de changer la vie. Bientôt l’immeuble entre en Commune. On sait comment tout cela se termine et les horreurs de la Semaine Sanglante. On sait moins ce qu’on doit à la Commune, ses idées sociales, de justice, de liberté et surtout de démocratie. Rien ne pourra être comme avant, même si l’histoire, parfois, est prise d’odieux bégaiements. Tout ça n’empêch’ pas Nicolas Qu’ la Commune n’est pas morte ! (Eugène Pottier)



Premières représentationsles 27, 28 et 29 juin 2008 au Local

Présentée au banquet annuel des Amis de la Commune de Paris le 19 mars 2009


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Ô Belleville


Pièce de Claude Weill

Mise en scène par Gabriel Debray

Lumières de Jacques Bouault


Avec les participants de l’atelier Théâtre

Revue à jouer dans les murs et hors les murs ! Du frisson et des larmes avec les fantômes de Belleville ! Et pour mener la Revue : Madame Magie, laitière-crémière rue du Faubourg du Temple, Abdoul livreur de bois et charbons, employé de la maison Poirot rue Saint-Maur. Avec la participation exceptionnelle du Génie de la lampe, du Luftmensche et de nombreux personnages plus ou moins historiques.

Créée en juin 2007

Extraits présentés le 10 février 2008 dans le cadre des escales de la mémoire au Local.



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Nasr Eddin Hodja à Paris


De Claude Weill

Avec Salah Teskouk

Mise en scène Gabriel Debray

Lumières de Jacques Boüault


Nasr Eddin, à la suite d’on ne sait quelles pérégrinations, se retrouve aujourd’hui sur le macadam parisien. Éternel émigré, clochard, routard, vagabond, petit délinquant, marginal, déficient mental, sans toit, sans loi, sans foi, il va se heurter aux rigidités de cet âge de béton.


Créée en novembre 2006

jeudi 17 mai 2007

Lieu Commun

Avertissement: les personnages et les situations sont fictifs, toute ressemblance avec la réalité
ne peut être que le fruit du hasard ou de l'imagination du lecteur...

La salle des professeurs
Trois murs masqués par des casiers
Porte côté cour marquée : « sortie »
Porte côté jardin marquée : « toilettes »
Au centre une grande table
Chaises, fauteuils



Scène 1
Scène silencieuse
Activité fébrile
Tous s’agitent

Les portes des casiers claquent, s’ouvrent et se referment
Certains écrivent, d’autres lisent
Sonnerie


Scène 2

Restent Lahaine, Latek et Bienbonne


Lahaine (elle parle fort)

Y’en a vraiment marre !
Ca sent la mort ici !
Vous trouvez pas que ça sent la mort ?
On s’ennuie, mais qu’est ce qu’on s’ennuie !
Vous n’avez pas une histoire drôle à me raconter pour me faire rire ?
Qu’est ce qu’on pourrait faire pour ne pas s’ennuyer ?
Personne ne veut me répondre ?
Mais dites quelque chose !


Latek entre en provenance des toilettes, la porte claque violemment. ( elle ne cessera de claquer pendant toute la pièce)

Ca fait combien de temps qu’elle est foutue cette porte ?
Faudra réclamer combien de temps pour qu’on la répare ?

Lahaine

Il s’agit bien de la porte !
Moi je parle de choses sérieuses
Tu trouves pas que ça sent le cadavre ?

Latek

Il suffirait tout simplement de changer le groom.
C’est vraiment pas difficile.

Lahaine

Ah, ça c’est l’image même de l’institution,
Tout se dégrade , ça craque de partout, ça se délabre
Et personne ne fait rien.
Moi, je vous le dis, ils ont décidé de ne rien faire,
Ils attendent que ça s’effondre tout seul.
C’est voulu !
Ils attendent qu’on disparaisse avec,
Ils ont programmé notre disparition !


Bienbonne

Ah ! vous avez bien raison !

Lahaine

Enfin quelqu’un qui réagit !
Il y a au moins ici une collègue qui reconnaît que j’ai raison !
Bien sûr que j’ai raison, ça fait quarante ans que j’ai raison !
Mais personne ne m’écoute.
Quarante ans que je répète que tout est foutu,
On ne pourra pas dire que je ne vous ai pas avertis.
Ceux qui ne veulent rien entendre, c’est leur affaire, au moins ils auront été prévenus !
Et toi Lajoie, tu ne dis rien,
Tu es d’accord avec moi ?
Si tu as quelque chose à dire, dis-le !

Lajoie qui s’est levé pour sortir

Je n’ai pas envie de parler !

Lahaine

Dis au moins que j’ai raison, ça me fera plaisir !

Lajoie

J’ai fini ma journée, je m’en vais

Lahaine

Et voilà où on en est
A force de lâcheté !
C’est avec votre consentement
Qu’ils sont en train de vous tuer !
Mais moi, moi au moins je ne serai pas complice de la déconfiture générale !

Bienbonne

Vous avez bien raison !

Sonnerie : tous sortent
Bruits divers, (bousculades, cris…)






Scène 3


Lalangue

Elle est vraiment insupportable, et ça empire chaque jour…et ça fait 2o ans que je la connais !

Les doigts

On peut effectivement pas dire qu’elle s’améliore. On ne peut pas lui parler, tout ce qu’on dit, elle le prend de travers.

s’activent en silence, fouillent dans leurs gros cartables, crayonnent.

Lalangue

Tu as les première 7 ?

Lesdoigts

Oui, comme toi. Qu’est-ce que tu en penses ?


Lalangue.

Je n’en peux plus. Ils sont fatigants ! Tu ne peux pas les faire cesser de bavarder ! Ils s’agitent, ils font du bruit. Ils n’écoutent rien. Ils font tomber leurs affaires. Ils se retournent. Ils rient. Ils font des réflexions à voix haute ! Et ils sont trente-six comme ça ! Je n’ai aucune prise sur eux.

Lesdoigts

Moi, je n’essaie plus de faire cours. Je ne dis rien, j’arrête et j’attends.

Lalangue

Et alors ?

Lesdoigts

Alors rien. Hier j’ai fait un quart d’heure de cours, un quart d’heure sur 55 minutes. C’est pas mal ! Le reste du temps j’ai attendu, j’ai sorti l’Equipe !

Lalangue

Et alors ?

Lesdoigts

Je n’ai même pas pu le lire, il y avait trop de bruits ! Je ne sais pas si la leçon a porté, mais je suis prêt à recommencer. Tant pis pour eux, s’ils ne veulent pas travailler, c’est leur affaire, je ne tiens pas à y laisser ma peau. J’ai décidé de ne pas m’en faire. Je ne tiens pas à faire de la discipline ! Je ne suis pas payé pour faire le garde-chiourme.

Lalangue

Oui, mais là-dedans il y en a bien un ou deux qui voudraient travailler ! On ne peut quand même pas les sacrifier !

Lesdoigts

Comment veux-tu faire le tri, je ne peux pas bâillonner trente-quatre élèves pour faire cours à deux. Les classes sont trop encombrées, elles ne sont pas trop nombreuses. Les trois-quarts des élèves ne sont pas à leur place. Faudrait les dégager. Ils ne savent même pas pourquoi ils sont là, du balai, c’est ça qu’il faut !

Lalangue
Ça, on n’est pas prêt à le faire.

Lesdoigts

Pourtant il n’y a pas d’autre solution. A 16 ans ils devraient comprendre qu’ils ne sont pas à leur place ! Faut balayer !

Lalangue

Mais là on aurait les parents sur le dos. Alors personne n’osera ! Et pourtant …A onze ans ils arrivent en sixième, ils ne savent pas écrire. On les retrouve en troisième, ils ne savent toujours pas écrire. Après la troisième, c’est quasi automatique, ils vont en seconde. Ils se retrouvent au lycée et ne savent toujours pas écrire et c’est à peine s’ils commencent à savoir lire ! Alors ils s’ennuient, et comme ils s’ennuient ils mettent la pagaille ! Mais les parents sont contents, leurs enfants sont au lycée. Les parents sont irresponsables et quand ça ne marche pas c’est bien sûr la faute de professeurs !

Lesdoigts

Résultat de tout ça, pour avoir la paix, pour ne pas mécontenter les parents on les garde au chaud dans nos lycées. Ils passent en terminale à l’ancienneté et on leur donne le bac dans une pochette-surprise.

Lalangue

Du coup on ne peut rien leur dire, ils ont tous les droits, si tu leur fais une remarque ils te regardent d’un air outré.

Lesdoigts

Ah ça ! Faut pas les brusquer les pauvres petits, faut les traiter avec psychologie, faut avoir des égards !
Lalangue

Faut les balayer !
Lesdoigts

Faudrait les balayer c’est sûr ! Mais on ne peut pas, on fait non seulement dans le psychologique, on fait dans le social. Il faut examiner les situations particulières ! Mais ils ont tous des situations particulières ! C’est plus l’école c’est l’hôpital, c’est l’asile, bientôt la maison de retraite ! Je ne suis pas compétent pour faire dans l’assistanat social ;

Lalangue

Et avec tout ça ils veulent nous évaluer, faut qu’on fasse du résultat ! Ça n’intéresse personne comment ça se passe, ce qu’on veut c’est du résultat !

Lesdoigts

Si on veut du résultat faut les balayer! Au travail ! En apprentissage ! On les a trop bercés d’illusions pendant des années ! Les parents ont démissionné depuis bien longtemps, alors ils attendent de l’école qu’elle fasse leur boulot, ils veulent qu’on les éduque, mais nous on est des enseignants pas des éducateurs ! Un moment faut que ça s’arrête ! Faut faire le ménage !

Lalangue

Nous ce qu’on veut c’est faire notre boulot tranquillement ! Et ça ce n’est plus possible et…, regarde, la plupart des collègues…, ils ne disent rien, ils font semblant, mais quand tu es en classe, tu entends ce qui se passe à côté ! La débâcle est générale. Tu as raison, faut faire le ménage ! Finalement, Julie, elle n’a pas tout à fait tort !

Sonnerie


Je vais voir les première7. On en reparlera.



Scène 4

La salle est pleine, on s’active, bruit divers, tasses de café

Lajoie

La première 7, c’est vraiment une classe agréable. Je suis presque heureux d’aller y faire cours. C’est tellement rare.

Lesdoigts

Tu es bien le seul à penser ça. Je me demande comment tu fais. Faudra me donner la recette.

Lajoie

Oh! Bien tu sais, je ne fais rien de spécial, mais ce sont des élèves vivants, ils font des remarques intéressantes, ils participent, évidemment ils ont du mal à s’auto discipliner.

Lesdoigts
Je veux bien te croire, et tu as vraiment de la chance si tu arrives à entendre des remarques intéressantes. Ils font tellement de bruit que je ne m’entends pas parler.

Lajoie

C’est ça, je dois avoir de la chance.

Lesdoigts

Ou alors le bruit ne te gêne pas. Ou alors tu es un prof exceptionnel.


Lajoie

Je ne crois pas être exceptionnel, simplement, il faut croire que je supporte…Et puis tu sais, les élèves ne se comportent pas de la même façon avec tous les profs.

Lahaine

C’est le laxisme de certains qui est la cause de tout. Faut pas s’étonner ensuite si ça se détériore. Je vous le dis, arrêtez de rêver, c’est fini, on n’a plus rien à faire ici, il faut avoir le courage de tout arrêter, parce que pour eux, on n’existe plus. On est mort ! Pour eux on est mort. Cette mort, elle est voulue, c’était programmé depuis longtemps. Alors il faut avoir le courage de tout arrêter, de ne plus fonctionner !


Lesdoigts

C’est sûr, on est les derniers, on se demande pourquoi on persiste. Hein ! Après nous le Déluge !


Lahaine

Après, moi je m’en fous, à mon âge je ne serai plus là pour voir le pire, la fin, l’apocalypse.

Lesdoigts

Oh! Ça ira vite, plus vite qu’on le pense, ils nous remplaceront par des ordinateurs, les ordinateurs ça ne rechigne pas.


Lahaine

C’est bien ce que je dis : l’apocalypse !

Lajoie

Mais vous exagérez là, on n’est pas mort, je suis bien vivant !

Lahaine

Tu crois être vivant, mais ta mort est déjà décidée en haut lieu, tu es en sursis, mais ton heure viendra ! Nous sommes des morts vivants !

Sonnerie
Tous sortent





Scène 5

Intermède chanté

Lajoie



Oui l’école est malade
Il ne faut pas le nier
Et les profs sont moroses
On ne peut pas l’cacher
S’ils s’en prennent aux élèves
On peut pas l’accepter
Ils sont bien malheureux
On les voit même pleurer
Mais il faut qu’ils s’rendent compte
Les élèves ont changé
35 élèves par classe
Ca peut plus fonctionner
Et les rythmes scolaires
Ils peuvent plus supporter
Je n’parle pas des programmes
Faudrait les repenser
Enfin y’a tant à faire
Qu’on’sait où commencer
Si l’école est malade
Ca vient d’la société
Mais c’est pas par l’école
Qu’on pourra la changer
Bref vous m’avez compris
Je l’dis sans hésiter
Il faudrait tout changer
Pour ça y’a un remède
Je l’dis sans barguigner
Un jour de grève par an
Mais toujours bien placé !




Scène 6



Même décor, une banderole : « en grève »

Lalangue

Qu’est ce que vous faites là mademoiselle ? Vous ne savez pas que ce lieu est interdit aux élèves ? Vous ne savez pas lire ? Vous voulez quoi ?

Elève

Je voulais savoir si madame…

Lalangue

Je ne veux pas savoir, vous n’avez rien à faire ici ! La salle des profs est interdite aux élèves ! C’est dans le règlement intérieur que vous avez signé en début d’année.

Elève

Mais. ..

Lalangue

Si vous voulez voir quelqu’un, vous attendez dehors ou vous prenez rendez-vous !

Elève

Mais je voulais juste…

Lalangue

Vous n’avez pas le droit d’entrer ici c’est clair ! C’est invraisemblable quand même ! Vous n’allez pas insister, disparaissez !

La silhouette disparaît.

Lalangue

Ils se croient vraiment tout permis. Si même ici on ne peut pas être tranquille, et un jour de grève en plus, où va t’on ?

Bienbonne

Vous avez bien raison. Ils viennent nous poursuivre jusqu’ici maintenant ! Si on ne peut plus avoir la paix, même ici !

Lalangue

On a beau leur dire, ils font ce qu’ils veulent. Ils le savent que c’est interdit, mais ils ne respectent rien, ils viennent nous narguer.

Lesdoigts (entrant)

Qu’est ce qu’il se passe ici !

Lalangue

Rien, un élève…Mais on l’a mis dehors !

sonnerie



Scène 7



Lejeune

Ah ! mais, je ne t’ai pas raconté

Lajoie

Non mais tu vas me dire

Lejeune

J’ai été agressé…Dans ma classe !

Lajoie

Agressé ? Physiquement ?

Lejeune

Presque…

Lajoie

Mais comment ? Par qui ?

Lejeune

De l’eau !

Lajoie

De l’eau ?

Lejeune

Oui, un individu est rentré dans ma classe et a jeté de l’eau !

Lajoie

Mai avec quoi ? Comment ? Pourquoi ?

Lejeune

Avec une bouteille en plastique, en plein cours !

Lajoie

Sur toi ?

Lejeune

Non, par terre, dans la salle.

Lajoie

Et alors ?

Lejeune

J’ai essayé de l’attraper, mais il s’est enfui. Je l’ai laissé, je ne pouvais pas laisser ma classe toute seule !

Lajoie

Et les élèves, qu ‘est ce qu’ils ont fait ?

Lejeune

Ils rigolaient.

Lajoie

Et le lanceur, tu le connais ?

Lejeune

Jamais vu !

Lajoie

Ca m’a pas l’air bien méchant, ça ressemble plus à un canular qu’à autre chose ! Je ne crois pas qu’il faille s’en inquiéter.





Scène 8



Latek

Cette porte quand même !

Lajoie

Alors, ça y est, c’est la guerre ?

Latek

Tu es au courant ?

Lajoie

Lejeune, oui il m’a raconté, ce n’est pas bien grave !

Latek
Non, il s’agit de Julie !

Lajoie

Julie, je ne suis pas au courant, raconte

Latek

Mais tout le monde ne parle que de ça !Tu dois bien être le seul à ne pas savoir !
Elle a eu des problèmes avec Nadia !

Lajoie

Nadia, La Nadia des premières7 ?

Latek

Oui, cette Nadia là !

Lajoie

Mais il n’y a pas plus tranquille que cette fille là !

Latek

Peut-être, mais en tout cas, ça a fait des étincelles !
Mais tais-toi, la voilà !

Lahaine

Alors, on complote ?

Elle sort de son sac une feuille de papier rose.

J’écris un rapport.

Lajoie

Ah bon !

Lahaine

Quelqu’un veut savoir pourquoi ?

J’ai été victime d’une agression, une agression morale !
Vous ne dites rien…Vous êtes solidaires j’espère ?

Lajoie

Hum! …

Lahaine

Depuis le temps que je vous le dis, ça sent la fin ! On voulait notre mort, c’est fait ! Mais c’est pas seulement la fin de l’école, c’est la société tout entière ! C’est la civilisation qui est atteinte ! Cette fois, c’est la barbarie ! Apocalypse now ! Les élèves l’ont compris ! Et vous, qu’en dites-vous ? Vous ne dites rien ?

Lajoie

Mais que s’est- il- passé ?

Lahaine

Je te dis que j’ai été agressée, que veux-tu de plus, ça ne te scandalise pas ? Qu’est ce qu’il te faut ? Tu veux des preuves ? Dis aussi que je mens pendant que tu y es !

Lajoie

Mais pas du tout…Je…

Lahaine

Puisqu’il te faut des faits, en voilà, je me suis fait traiter de vieille rosse !
Vieille rosse! Moi !


Lajoie

Ah bon !

Lahaine

Tu n’as pas vraiment l’air scandalisé ! Et pourtant…vieille, passe encore, c’est vrai que je ne suis pas de la première jeunesse, mais rosse, je n’ai rien d’un équidé !

Latek

C’est inadmissible !

Lahaine

Oui, quand même !
Je vais faire un rapport, bien entendu je demande l’exclusion définitive de cette élève. En attendant je refuse de faire cours dans cette classe. Je ne demande pas des excuses pour ce qui est inexcusable ! J’ai de l’amour-propre quand même ! Je suis donc en grève tant que l’administration n’aura pas pris sa décision.

Lajoie

Tu fais grève toute seule ?

Lahaine

A moins que tu veuilles me rejoindre, mais je ne demande rien à personne, je n’attends rien de la solidarité enseignante, je sais à quoi m’en tenir. Devant la lâcheté générale, encore une fois, je montrerai ce qu’est la dignité. On va crever, mais au moins je crèverai debout !

Elle va aux toilettes, claquement de la porte

Lajoie
Grommelant.

Quand c’est la grève, elle travaille, et maintenant elle fait grève toute seule…

Il sort




Scène 9



Lejeune

Tu es au courant de l’acte odieux ?

Latek

Julie ?

Lejeune

Non, moi !


Latek

Vaguement…


Lejeune

Tu connais les détails ?


Latek

Oui, une histoire d’eau.


Lejeune

On cherchait à me blesser c’est sûr !


Latek

Tu crois ?


Lejeune

J’en suis sûr je te dis. Mais l’enquête progresse.


Latek

Ah !Ah !


Lejeune

Il s’agit d’un élément extérieur. C’est une opération téléguidée par des éléments intérieurs et montée grâce à des éléments extérieurs. Mais je connaîtrai l’origine du montage,
je remonterai à la source du complot .Rien ne m’arrêtera. J’enquête ! J’enquête.


Latek

Ah ! c’est bien ! alors bonne enquête !

Sonnerie
Il sortent



Scène 10 (un ordinateur est posé sur une table)


Bienbonne

C’est quoi ça ?

Lalangue

Qu’est-ce-que c’est que ça ?

Lesdoigts (entrant dans la salle)

Ah ! ça non alors, qui a mis ça ici !

Lalangue

On est envahi par ces trucs là, ici c’est notre seul lieu de détente, c’est vraiment une offensive générale ! on veut nous mettre en demeure, c’est inadmissible .Pas de ça ici !

Bienbonne

En tout cas, il n’est pas question que je me serve de cet engin là.

Lalangue

Bien entendu il n’en est pas question ! Si ça c’est un coup de l’administration, ça ils vont nous entendre !

Bienbonne

Déjà qu’on n’a pas beaucoup de places, c’est que ça en prend de la place !

Lesdoigts

Et pour ça on trouve des crédits, alors qu’il y aurait tant de choses à faire

Bienbonne

Ils s’imaginent pas, quand même qu’on va saisir nos notes et remplir nos livrets avec ça !

Lalangue

Ça , jamais de la vie ! Nous ne sommes pas des machines, on sait encore se servir d’un stylo !

Bienbonne

Que voulez vous c’est à la mode ça !.

Lalangue

Justement, il faut savoir parfois ne pas céder à la mode, moi je propose qu’on aille voir le proviseur et qu’on exige la disparition de cette mécanique !

Lesdoigts

Il faut faire une pétition

Bienbonne

Alors moi, pour une fois je signerai la pétition…Et ce n’est pas dans mes habitudes. Tiens, je peux même vous aider à la rédiger !





Scène 11


Lahaine
Seule, elle écrit et parle


Le vendredi 13 novembre à 13 h 45 pendant le cours d’économie donné en classe de première 7 j’ai interrogé , non ça ne va pas, j’ai fait remarquer, non, j’ai fait une remarque d’ordre pédagogique, ça , ça va, à l’élève Nadia Z. ,par ailleurs déléguée de classe, ça c’est important, la susnommée, c’est bien la susnommée, la susnommée m’ayant répondu par une injure, non, en des termes injurieux, c’est mieux, injurieux et inadmissibles, je lui ai demandé, non, je lui ai intimé l’ordre de me faire des excuses publiques et immédiates.
J’ai demandé à la classe, non c’est trop tendre, j’ai…, non, devant l’attitude de la classe qui a refusé de désavouer la conduite de sa déléguée j’ai considéré…, j’ai pris la décision de cesser le cours…, de cesser les cours, que je ne reprendrai qu’après avoir obtenu une sanction exemplaire de l’intéressée, c’est bien l’intéressée, et ,non ainsi que…, ainsi que des excuses publiques de toute la classe. Et bien voilà, ça c’est envoyé !
Je relis : le vendredi 13 novembre à 13h 45 pendant le cours d’économie donné en classe de première 7, j’ai fait une remarque d’ordre pédagogique à l’élève Nadia Zeitoun, par ailleurs déléguée de classe, la susnommée m’ayant répondue en des termes injurieux, je lui ai intimé l’ordre de me faire des excuses publiques et immédiates, devant l’attitude de la classe qui a refusé de désavouer la conduite de sa déléguée, j’ai pris la décision de cesser les cours que je ne reprendrai qu’après avoir obtenu une sanction exemplaire de l’intéressée ainsi que des excuses publiques de toute la classe.






Scène 12


Lejeune

Vous avez entendu parler de l’attentat,

Bienbonne

L’attentat, mon dieu non, de quoi parlez- vous ?


Lejeune

La tentative criminelle perpétrée contre ma personne


Bienbonne

Euh ! oui vous m’avez déjà raconté…


Lejeune

L’enquête progresse : je sais qu’ils étaient plusieurs


Bienbonne

Ah, ils étaient plusieurs !


Lejeune

Il a fallu rentrer dans l’établissement, profiter du moment opportun, trouver les failles de la surveillance, cela demande du temps, de l’observation, des guetteurs. C’est un travail d’équipe, de professionnels.

Bienbonne

C’est effrayant tout ça !


Lejeune

A qui le dites-vous. Il faut maintenant en tirer des conclusions. Nous devons être sur nos gardes. Nous sommes tous menacés. Vous aussi vous êtes menacée. Il nous faut nous défendre. Nous ne devons compter que sur notre propre vigilance.
Maintenant lorsque j’entre en classe, je ferme la porte à clef, je cadenasse les fenêtres, quand il y a des rideaux, je tire les rideaux Les élèves déposent leurs sacs sur l’estrade avant d’aller s’asseoir et je pratique des fouilles aléatoires. . Rien par terre…rien sur les tables…interdiction totale des ciseaux, canifs et autres objets contondants. Sécurité ! Sécurité !Et si ce n’est pas suffisant, et bien, on a des armes !


Bienbonne

Vous ne croyez pas que c’est un peu.. enfin.. vous ne pensez pas que ?


Lejeune

Excessif ? On est en guerre, vous ne lisez pas les journaux, tous les jours des meurtres dans les lycées, les collèges, et même les écoles maternelles…C’est la tuerie générale…le carnage. Chacun doit sauver sa peau !


Bienbonne

Mais ici… vous ne croyez pas que… enfin, nos élèves…ils ne sont pas forts…pas très attentifs…mais ils ne sont pas violents…ce ne sont pas des assassins…


Lejeune

Il ne faut pas se fier à l’eau qui dort, l’ennemi est fourbe…J’ai été échaudé…Je prends mes précautions. C’est lui ou moi !

Bienbonne

Vous me faites peur !

Lejeune

Ecoutez, vous n’entendez pas ? C’est un bruit suspect…Je poursuis mon enquête.




Scène 13


Lesdoigts

Quelle heure est-il ?

Lalangue

19 heures 30…Ca a duré deux heures ! deux heures !

Lesdoigts

Et tout ça pour rien, comme d’habitude.

Lalangue

Il parle de trop. On aurait pu boucler ça en une heure. Suffit de voir les bulletins, c’est clair ,c’est bon ou c’est pas bon. Je ne comprends pas ce besoin d’épiloguer pendant vingt minutes pour un cas qui pourrait être réglé en 2 minutes.

Lesdoigts

Il veut toujours avoir son mot à dire, il faut bien qu’il justifie sa présence !

Lalangue

Mais il ne connaît pas les élèves !

Lesdoigts
Remarque, quand tu les connais ça ne change pas grand-chose


Lalangue

Bien sûr, ce sont les résultats qui comptent. Si on commence à raconter leur vie, on n’a jamais fini

Lesdoigts

En plus ça n’apporte rien, on est là pour évaluer le travail, le niveau, c’est bien à ça que ça sert un conseil de classe !

Lalangue

Quand on veut régler certains cas, on ne règle rien du tout. On trouve des excuses. C’est bien beau de trouver des excuses…mais ça ne leur fait pas retrouver le niveau.
Regarde le cas de Youssef, bon, son père est chômeur, sa mère est malade, il a trois frères et sœurs, et alors ? C’est triste certainement, mais une fois qu’on sait ça, qu’est ce que ça change ? Il n’aura pas son bac, il a trop d’absences, il n’aura jamais le niveau !

Lesdoigts

C’est pour ça qu’on aurait pu éviter de passer une demie heure sur son cas. Ca ne change rien, niveau insuffisant, ne peut pas suivre, au suivant ! Il a des excuses, mais il n’a rien à faire en Terminale, en plus il perd son temps.

Lalangue

Si on regarde bien, en plus, les trois quarts d’entre eux sont dans cette situation. Qu’est ce que tu veux c’est pas notre problème, on n’y peut strictement rien. On n’a pas la solution.

Lesdoigts

Si on avait la solution ça se saurait. On est profs nous, c’est tout ce qu’on est !

Lalangue

Oui on est prof et c’est pas tous les jours facile !

Lesdoigts

Bon, mais moi faut que je me rentre ! Il est déjà bien tard, c’est que j’ai la soupe à préparer. Ils doivent m’attendre à la maison !
A demain !




Scène 1 4
(l’ordinateur a disparu)


Bienbonne

Alors, on a gagné ?

Lalangue

Provisoirement hélas, il est difficile d’aller contre le courant

Bienbonne

Enfin, c’est toujours ça de gagné !

Lalangue

Mais pour combien de temps ?

Bienbonne

Si on est capable de montrer qu’on ne se laisse pas faire, si on reste unis…

Lalangue

Vous êtes naïve madame Bienbonne, il y a toujours des gens qui seront d’accord avec ce genre de choses

Bienbonne

Alors que voulez-vous faire si des enseignants aussi démissionnent, et le proviseur, qu’est-ce qu’il a dit ?

Lalangue

Il a regretté notre décision, mais il a ajouté aussi qu’il nous comprenait. Enfin, on va installer cet appareil ailleurs, dans une autre salle que la salle des profs et ceux qui voudront s’en servir y auront ainsi accès.

Bienbonne

Comme cela, au moins on ne se mélangera pas.




Scène 15


Lesdoigts

Je ne bouge plus.

Lalangue

Moi non plus, je n’en peux plus !

Lesdoigts

N’empêche que pour une fois le chef a fait un effort

Bienbonne (entrant)

Je n’aurai pas dû prendre du champagne, je n’ai pas l’habitude. Je me demande comment je vais pouvoir faire mes cours cet après-midi

Lalangue

La bûche était particulièrement réussie, vous croyez que c’est lui qui l’a faite ?

Lesdoigts

Pensez-vous c’est le travail d’un traiteur !

Bienbonne

Et bien non ! Il paraît que ça vient des cuisines

Lesdoigts

Dommage qu’on n’ait pas ça toute l’année !

Bienbonne

Pensez-vous on ne pourrait plus travailler !

Entre Latek

Lesdoigts

Et bien, tu as loupé quelque chose

Latek

Ah bon ! Qu’est ce que c’est ?
Lesdoigts

Le repas de Noël, et ça valait le coup

Bienbonne

Et il y avait du champagne

Latek

Je ne savais pas !

Lalangue

Faut se tenir au courant, pour une fois qu’il se passe quelque chose d’intéressant !

Sonnerie

Bon, ben c’est pas le tout, faut quand même y aller..

Bienbonne

Et ça va pas être facile !
Je me sens un peu lourde, deux fois j’ai repris de la bûche , le chef, hein, quand il veut !





Scène 16 ( tous)


Discussion confidentielle entre Lesdoigts et Lalangue

Latek

Alors, Julie n’est plus en grève, il paraît,

Lajoie

Non, elle a repris ses cours

Latek

Nadia a été exclue ?

Lajoie

Non, le conseil de discipline a considéré que les torts étaient partagés. Nadia a fait des excuses que Julie a refusées. Tout est plus ou moins rentré dans l’ordre, mais Julie est furieuse.

Latek

Faut dire que vieille rosse, quand même…remarque, c’est pas mal vu, ça lui ressemble assez.

Lajoie

Il paraît qu’elle terrorise les élèves, elle ne cesse pas de les injurier, elle les traite de pauvres crétins, dit qu’ils n’ont pas de culture, que c’est de la faute de leurs parents, qu’ils sont l’image de la société, que ce sont des barbares...Alors ils se sont rebiffés, et Nadia qui ne supportait pas d’être prise pour une crétine… ça a éclaté…c’était un cri du cœur.

Latek

Mais Julie l’accepte dans sa classe ?

Lajoie

Non, Nadia est absente depuis huit jours, il y a eu une sorte d’arrangement, les parents sont d’accord, elle va changer d’établissement.

Latek

Alors tout va bien !

Lajoie

C’est ça, tout va bien. Julie n’est plus en grève et Lejeune est en partance ;

Tu as fini là ?

Latek

Oui, j’ai fini. Je viens de faire mon dernier cours, pas facile, ils étaient excités comme tout ! Mais j’étais comme eux, j’avais hâte que ça se termine !

Lajoie

Tu pars quelque part ?

Latek

Noël ça se passe en famille. Non je reste, et toi tu vas aux sports d’hiver comme d’habitude ?

Lajoie

Non, il n’y a pas de neige cette année et puis j’ai bien besoin de me reposer, je crois que je vais faire une cure de sommeil.

Latek

Tu n’as pas de copies ?

Lajoie

Et bien si, justement, je me suis mal débrouillé, je me retrouve avec un paquet des premières 7, impossible de les oublier ceux-là ! Et toi ?

Latek

Je pars les mains vides…Allez, bonnes vacances et bonnes fêtes, bonne année et surtout bonne santé.

Lajoie sort, Latek se dirige vers les toilettes

Latek

Foutue porte, quand se décidera t-on à la faire réparer !

Lajoie

Et celle-ci qui ne veut pas s’ouvrir

Latek

Alors là c’est le comble ! fait voir




Scène 17



Lajoie

Rien à faire ! Elle est coincée ! J’ai beau essayer !

Lalangue

Laissez moi faire, quelques fois, un peu de douceur…

Latek

Et ça, la douceur ça vous connaît

Lalangue

Riez, riez, vous allez voir

Latek

Et alors ?

Lalangue

Vous avez raison, y’a rien à faire !

Bienbonne

Alors on est coincé

Lajoie

On dirait bien

Bienbonne

C'est que j’ai mes courses de Noël à faire moi, je ne peux pas m’attarder

Lajoie

Alors dîtes moi comment faire ?

Lahaine

Je ris, ah !ah ! laissez moi rire !

Lajoie

Ca te fait rire

Lahaine

J’ai quand même le droit de rire, un des derniers droits qui me reste, tu ne vas pas me retirer le droit de rire, c’est contraire à la ligne syndicale ?

Lajoie

En tout cas, tu ne me fais pas rire !

Lahaine

Mais je n’en ai pas l’intention, je préfère rire toute seule

Latek

Arrêtez ! Ce n’est pas le moment, il faudrait faire quelque chose, trouver une solution…

Lahaine

Toi qui est si malin, tu as certainement une solution

Latek

Quelqu’un a un portable ? Il faudrait appeler l’extérieur, qui a un portable ?

Bienbonne

Certainement pas, moi, ces engins-là…

Lesdoigts

Et moi non plus, certainement pas

Lahaine

Vous avez raison, moi non plus, comme chacun sait je ne suis pas particulièrement branchée et je ne tiens pas à l’être, je résiste moi !

Lalangue

J’en ai un moi , ne bougez pas , j’appelle qui ? le secrétariat ?
Attendez !

Tous

Alors ?

Lalangue

Ah ! malheureusement, ça ne répond pas !

Latek

Essayez encore !

Lalangue

Ca ne répond toujours pas !

Latek

Appelez le gardien, n’importe qui !

Lalangue

Ca ne répond pas non plus !

Lajoie

C’est bizarre, il n’y a plus personne dans cette baraque ?

Latek

Ce n’est pas possible ! Essayez encore ! appelez à l’extérieur !

Lalangue

Mais je n’arrête pas !

Lejeune

Je m’en doutais, ça devait arriver ! Je le savais !

Lajoie

Quoi encore ? Qu’est-ce qui devait arriver ?

Lejeune

C’est la suite logique du complot, nous sommes pris en otage par une bande de terroristes sans scrupules ! J’aurais dû vous prévenir, mais vous ne m’auriez pas écouté.

Bienbonne

Arrêtez, vous me faites peur ! Ne plaisantez pas avec ces choses là !

Lejeune

Malheureusement il ne s’agit pas d’une plaisanterie ! la situation est grave ! Je n’ai pas du tout envie de rire ! Mais, ne vous inquiétez pas, j’ai tout prévu !

Lahaine

Et bien moi je ris ! Ca finit comme ça devait finir, l’institution est foutue, ça craque de partout, nous ne sommes rien, je vous l’ai déjà dit, ils s’en fichent de notre sort, nous sommes piégés comme des rats ! Voilà ! C’est la fin, vous n’avez voulu rien voir, et bien maintenant c’est tout vu ! C’est foutu ! Alors moi, je ris ! voilà, débrouillez-vous, ce n’est plus mon affaire !

Latek

Mais arrêtez vos conneries, alors le Téléphone, ça répond ?

Lalangue

Non, toujours rien

Lahaine

Je ris ! Ah ! Je ris !

Latek

Mais, vous avez la tonalité au moins ?

Lalangue

Non, c’est bien ça qui m’étonne !

Latek

Vous permettez ? prêtez moi votre téléphone !

Lalangue

Volontiers, vous pouvez essayer, vous n’en obtiendrez pas plus !

Latek

Je m’en doutais, votre batterie est à plat !
Il va falloir tenter autre chose !

Lajoie

Peut-être qu’en criant, en faisant du bruit, on va attirer l’attention de quelqu’un !

Latek

On peut essayer.
Alors il va falloir faire beaucoup de bruit, à mon signal vous allez crier frapper sur la table, taper des pieds. Je compte jusqu’à trois :
allons y, un, deux, trois !

TOUS : vacarme

Latek

Allons, encore plus fort on recommence ! un, deux, trois

TOUS : nouveau vacarme

Lajoie

Mais ils sont tous sourds ma parole !


Lahaine

Et c’est maintenant que vous vous en apercevez ! Seulement il est trop tard ! Depuis des années ils sont sourds. La maison s’est écroulée et personne n’entend vos cris ! On vous a oubliés, vous êtes ensevelis !
Vous êtes morts ! morts ! Vous êtes morts !

Bienbonne

Faîtes la taire ! qu’elle s’arrête ! mais qu’elle s’arrête !

Lajoie

Mais vous allez vous taire !

Lahaine

Et maintenant vous voulez que je me taise, décidément vous n’avez rien compris ! J’ai toujours pensé que vous étiez complice de leurs agissements.

Lajoie

Alors là vous y allez un peu fort ! Si vous n’étiez pas une femme je…


Lahaine

Mais allez-y, frappez moi, voyez, je tends la joue, allez-y frappez !
Vous voyez, vous n’avez pas la force morale, parce que vous savez que vous avez tort, quarante ans que je me bats, que je lutte, que je vous avertis ! Maintenant je m’en lave les mains ! On va tous crever, mais je serai la seule à savoir pourquoi !


Lejeune

Alors c’est vous le complice, j’aurais dû m’en douter…, il fallait qu’il y ait quelqu’un dans la place, ça j’en étais sûr, mais qui ? alors c’est vous ?…


Latek

Ca suffit maintenant ! Il s’agit d’une porte bloquée c’est tout ! Tout ça parce que l’administration est incompétente, des mois qu’il aurait fallu changer les serrures ! Seulement, le temps que ça franchisse toutes les étapes du labyrinthe administratif…On va pas en faire un drame… c’est rageant, d’accord…mais ce n’est pas dramatique…en s’y prenant à temps, un peu d’huile aurait suffi…


Lejeune

Ça c’est votre version !

Latek

Pourquoi, il y en a une autre ?

Lejeune

Vous savez bien de quoi je veux parler ! Vous le savez parfaitement !

Latek

Vous divaguez totalement !

Lejeune

Je sais comment vous faire parler

Latek

Vous me menacez

Lejeune

Il sort de son sac une énorme pétoire

Parfaitement !

Bienbonne

Au secours !

Lajoie

Mais vous êtes fou, qu’est-ce que vous faites avec ça ? C’est dangereux, vous êtes fou, rangez ça !

Lejeune tire
Enorme explosion,
On entend Lahaine
crier :

L’apocalypse ! c’est l’apocalypse !

les portes des casiers s’ouvrent, les chaises sont renversées, la fumée se dissipe, la porte est ouverte.

Tous sont à terre

Bienbonne se relève
:


Et bien voilà, la porte est ouverte maintenant ! Regardez !
Je vais pouvoir faire mes courses de noël !






FIN

lundi 9 avril 2007

Voltaire et les dessins danois

Monsieur de Voltaire
On me dit, madame, qu’il se fait de forts grands bruits à Paris, à propos de dessins parus dans une gazette, une gazette danoise ? En savez-vous quelque chose ma chère nièce ?

Madame Denis
Ma foi monsieur je n’en sais rien que ce que j’en ai oui dire, il paraît que ce sont de fort mauvais dessins et fort grossiers … Mais je ne les ai pas vus !

Voltaire
Qu’importe, la chose m’intéresse, de savoir que tous sont en émoi, évêques et cardinaux, muphtis, prêtres de toutes sortes et rabbins, cette étrange coalition ne cesse de m’intriguer et j’y pressens quelque chose délectable.



Madame Denis
Je vais tenter de vous procurer ces dessins mon ami, mais ne croyez-vous pas qu’il y a quelque danger à les tenir.

Voltaire
Allons ma nièce nous n’allons pas trembler devant cette sainte cabale, je crains fort la douleur du corps mais j’ai encore en plus grande abomination et ne saurais souffrir nulle complaisance pour les maux causés à l’esprit, or je pressens là quelque affaire de cette sorte.

Madame Denis
Et bien monsieur je vous aurais prévenu au moins, vous aurez donc ces dessins.

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Madame Denis
Et bien, ne vous l’avais-je pas dit, ils sont bien mauvais !

Voltaire
Ils sont mauvais en effet, et ne m’ont pas fait rire, cependant je les défendrai !

Madame Denis
Et pourquoi donc je vous prie ?

Voltaire
C’est très simple ma nièce, voilà une petite gazette danoise dont jusque là j’ignorais l’existence et dont j’ignore encore les intentions, et des dessinateurs médiocres inconnus du monde… et face à eux la colère et l’autorité de tous ces puissants qui abusent de la crédulité des peuples et sont cause de tant d’abominations et de massacres horribles dont l’histoire se fait l’écho. Et l’on me dit que ces dessinateurs lointains ne sont pas tolérants. Cela m’a fait rire ma nièce, sont ils tolérants les massacreurs de la Saint-Barthélemy, les janissaires du Grand Seigneur qui empalent les mécréants, ceux la même qui aujourd’hui s’offusquent ? D’un côté la plume, de l’autre les cimeterres, les bûchers, les innocents sacrifiés au nom de la vraie foi.
Je préfère la plume fut elle malhabile, maladroite, je ne nie pas sa puissance, je la connais trop et en use, mais on répond à la plume par la plume et non par le feu, le sang et les bruits de guerre, non par le juge ni par le cachot.
Ces dessins sont mauvais certes, et bien qu’on en fasse d’autres et qu’on n’en parle plus ! Il n’y pas là de quoi fouetter un chat ! A propos on m’a dit qu’il y a grande famine au Soudan, qu’il se fait une méchante guerre au Népal et il m’est parvenu le récit de bien d’autres désastres et calamités atteignant notre vieille planète, je vois là d’autres sujets propres à émouvoir l’opinion et dont j’eusse souhaité que l’on en parlât avec autant de fracas.
Mais je m’échauffe mon amie et ce n’est pas bon pour ma pauvre santé, passons à table !


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Madame Denis
Et bien, mon oncle, allez vous me dire ce que vous ferez enfin ?

Voltaire
A quel propos ma nièce ?

Madame Denis
De la gazette Danoise, tout le monde ne parle que de cela

Voltaire
Le monde, comme vous dites à bien du temps à perdre, et bien je ferai donc comme le monde, mais je ne parlerai point, je ne dessinerai point non plus, je n’ai pas ces talents, j’écrirai donc, c’est ce que je sais faire. Contre le fanatisme, je ne saurais me lasser d’écrire ; c’est une chose qui me tient suffisamment à cœur, un constant sujet d’inquiétude et qui ne saurait souffrir aucune tiédeur. J’ai pu apprendre à mes dépens et en de nombreuses occasions combien cela peut coûter, mais dussé-je y laisser mes dernières forces je bataillerai contre les impostures, je lancerai des flèches contre la superstition, ces maux qui insultent la raison et sont cause de tant de persécutions, de massacres et de calamités. Allons on croit être au quatorzième siècle ! Il faut être bien ignorant pour penser ainsi que tous les siècles se ressemblent et qu’on puisse insulter la raison comme on faisait autrefois ! Il faut enfin détester les hypocrites et les persécuteurs, les rendre odieux et en purger la terre !

Madame Denis
Je vous entends mon ami, mais n’est-ce pas là une tâche immense et dans votre état…

Voltaire
Laissez là mon état, je voudrais maintenant rassembler mes forces pour être le pendant de Saint-Michel, terrassant les erreurs et le fanatisme. Allons vous le savez, tout ce qui regarde le genre humain doit nous regarder, parce que nous sommes du genre humain, et puis n’est-ce pas aussi une façon de distraire le vieil ermite qui voit avec effroi les jours s’assombrir et l’hiver approcher.

Madame Denis
Le vieil ermite a des distractions confondantes.

Voltaire
Il est vrai madame que j’ai des de distractions étranges, mais n’est pas gai qui veut, et ce monde en général ne réjouit guère les esprits bien faits. J’ai en horreur les assassins du chevalier de La Barre, j’ai toujours manifesté hautement mes sentiments, je ne me suis démenti de rien et je ne me démentirai certainement pas maintenant .Pour dire mon épouvante, je ne déchirerai pas mes vêtements car il faut être économe, je n’arracherai pas mes cheveux par ce que je n’en ai point, mais bien que mon âge et mes maux me tiennent bien souvent hors d’état d’écrire, je ferai cet effort… faites moi donner une plume et du papier.

Madame Denis.
Oh ! Pour le coup, je sens bien qu’il va falloir se résoudre à votre fantaisie !

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Voltaire
En vérité ma nièce, je devrais ne me nourrir que de courants d’air, mon estomac me fait cruellement souffrir , il me faudrait faire diète et certainement augmenter ma prise de casse par un peu de rhubarbe, la rhubarbe est souveraine pour soigner ces maux.

Madame Denis
Faut-il faire venir monsieur Tronchin ?

Voltaire
Allons, laissez Tronchin tranquille, il a fort à faire par ce temps d’hiver ; d’ailleurs je crois que la source de mes indispositions se trouve ailleurs. Il m’est venu de bien mauvaises nouvelles de Paris. Décidément je détesterai toujours ces pédants insolents et ces assassins en robe.

Madame Denis
Ah ! Ça vous déraisonnez, mais de qui parlez vous ?

Voltaire
De ces cagots, ces tartuffes, ces barbouilleurs, ces beaux parleurs, ces charlatans en morale, en philosophie, en politique, décidément je suis bien aise de ne plus fréquenter les tripots de Paris. Il faut encore crier, crier bien fort, alerter les honnêtes gens contre les fripons. Allons, si on n’avait pas eu de courage, jamais Mahomet n’aurait été représenté. Il faut crier, oui madame, réveiller tous ceux, occupés de leurs soupers et de leur musique, qui iraient gaiement à l’opéra et à leurs petites maisons sur les cadavres de ceux qu’on égorgea les jours de la Saint Barthélemy.

Madame Denis
Que voulez-vous faire encore ?

Voltaire
Eh ! Que sais-je faire ?

Madame Denis
Encore écrire ?

Voltaire
Ma foi, je crois bien que l’auteur inconnu des droits des hommes et des usurpations des autres va encore se manifester à Genève.

Madame Denis
Allons, qui pensez-vous tromper, tout le monde en connaît l’auteur !

Voltaire
Vraiment, moi, je ne le connais pas !

Madame Denis
Et que dira-t-il ?

Voltaire
Il est indigné, indigné qu’un ambassadeur des puissances européennes s’en aille parcourir les cours d’orient pour prodiguer des excuses auprès de tyrans dont les geôles sont pleines, qui oppriment leurs populations et qui osent s’indigner de quelques malheureuses miniatures qui offensent le prophète dont ils ne se soucient guère plus que de leurs premières chemises, qui affectent une religion qui ne les préoccupe que dans la mesure où elle prône une résignation qui les sert. Il est indigné de recevoir des leçons de tolérance de ceux qui ont assassiné le brave et malheureux comte Lally, qui ont eu la lâcheté de le conduire à la grève dans un tombereau d’ordures avec un bâillon à la bouche, ceux qui ont souillé de leurs mains le sang d’un enfant de dix-sept ans , qui lui ont fait couper le poing, arracher la langue, qui l’ont condamné à la question ordinaire et extraordinaire, qui l’ont brûlé à petit feu pour avoir passé dans la rue sans avoir salué une procession de capucins. Il est indigné des plaintes de ceux qui maintiennent les peuples dans l’ignorance, les femmes dans l’esclavage, les enfants dans l’obscurité et qui se prétendent offensés et s’accommodent volontiers de la faim, de la misère et de la guerre pourvu qu’elles épargnent leurs palais. Il est indigné par ceux qui hurlent au blasphème mais ne sont pas offensés lorsque l’on blesse le droit des gens, et pourquoi s’interdirait-on de dessiner leur prophète puisqu’il ne nous est rien ? Faudrait-il aussi refuser de manger du cochon pour ne pas blesser les convictions des juifs et des mahométans, de la vache pour ne pas blesser les indiens ? Il est indigné quand se joint au concert des clameurs le pape Bénédicte, chef sournois de cette secte qui interdit à son peuple de se protéger contre un mal pernicieux qui est cause de tant de morts.
Allons madame, tous ces gens qui vous disent qu’ils aiment mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui sont sûrs de mériter le ciel, serait-ce en égorgeant leur prochain, sont bien méchants et sont plus méchants encore les fripons qui conduisent ces fanatiques et qui mettent le poignard entre leurs mains !

Madame Denis
Ainsi c’est ce que cet auteur va dire ?

Voltaire
C’est ce qu’il va répéter !

Madame Denis
Et l’on va l’accuser d’impiété et d’offense au sacré !

Voltaire
Allons, vous le savez, la seule religion ne consiste ni dans les opinions d’une métaphysique inintelligible, ni dans de vains appareils, mais dans l’adoration et la justice. Faire le bien voilà le culte de l’honnête homme. Le mahométan lui crie « prends garde à toi si tu ne fais pas le pèlerinage à La Mecque !» « Malheur à toi, lui crie un récollet, si tu ne fais pas un voyage à Notre-Dame de Lorette ». Il rit de Lorette et de La Mecque ; mais il secourt l’indigent et il défend l’opprimé.
Mais me voilà bien las, ma nièce et il me faut me reposer, je mettrai cela sur le papier tout à l’heure.

vendredi 30 mars 2007

Les bons sentiments




I


Il a tout su, il a tout vu !
Bien sûr il était là
Comment pourrait il en être autrement
Il est toujours là où il faut
Va savoir comment il se débrouille
Il fallait que ça tombe sur lui
Il était quand même pas là par hasard
Il faut toujours qu’il soit dans les bons coups
Et il fait l’innocent
Il en rajoute
Il s’étonne
Il ne comprend pas
Il s’interroge
Faudrait pas qu’il en fasse trop quand même
Il ne s’imagine pas que ça va prendre
Y’a des limites
Faudrait qu’il le comprenne
Faut qu’il fasse un effort
Il n’est pas tout seul
Il se prend pour qui
Faut qu’il réalise un jour
Ça peut plus durer
Il va s’attirer des ennuis
Et après il s’étonnera encore
Mais il sera trop tard
Alors il sera toujours temps de pleurer
Pourtant il était averti
Il savait à quoi il s’engageait
Il se fait des illusions
Il vit sur une autre planète
Il n’a pas le sens des réalités
Il est dans un autre monde
Il n’est pas d’ici
Faudrait pourtant qu’il réagisse
Qu’il prenne conscience
Qu’il atterrisse
Qu’il regarde les choses en face
Tant qu’il n’est pas trop tard
Qu’il garde les pieds sur terre
Qu’il considère la situation
Qu’il prenne une décision
Qu’il prenne les choses à pleines mains
Faut qu’il grandisse
Qu’il évolue
Qu’il s’assagisse
Il a quand même l’âge de raison
Il n’a plus trois ans
Il se comporte comme un enfant
Il manque de maturité
Il n’a jamais voulu grandir
Mais il a l’âge de ses artères
Mais aussi qu’il se regarde
Ah ! Il a l’air malin
Il n’est vraiment pas beau à voir
Et comment il est attifé
Comme ça il n’est pas présentable
Il fait tout pour être ridicule
A croire qu’il ne s’est jamais regardé
Qu’il s’habille chez le fripier
Il fait honte à la société
Et en plus faut qu’il la ramène
Il proteste
Il n’est pas content
Il a encore des choses à dire
Mais enfin pour qui il se prend
Cette fois ci il exagère
Et il insiste par-dessus le marché
Faut pas qu’il se plaigne alors
Après tout il a ce qu’il mérite
Il l’a cherché
Il l’a trouvé
Il récolte ce qu’il a semé
Faut pas qu’il demande de la pitié
Parce ce que c’est lui qu’a commencé
Qu’il ne s’avise pas de pleurnicher
Il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même
Non mais il se fait des idées
Faut qu’il arrête de délirer
Et puis s’il n’est pas heureux ici
Il pourra toujours voir ailleurs
Ici personne ne le retient
Il n’est pas indispensable
Voilà qu’il a pris la grosse tête
Il se prend pour un génie
Il n’a pourtant rien de remarquable
Il est médiocre
Il est minable
Il n’a rien pour le sauver
Il devrait plutôt s’effacer
Il devrait se faire oublier
Non mais il n’en fait qu’à sa tête
Il s’entête
Il fait le malin
Faudrait peut-être lui faire un dessin
A croire qu’il ne comprend jamais rien
Faut qu’il reste
Faut qu’il s’installe
Faut croire qu’il a rien d’autre à faire
Il fait partie du paysage
Il est là
N’en démordra pas
Il doit savoir que c’est la fin
Qu’il n’a plus rien à espérer
Et qu’il aurait tort d’insister
Que la marmite va déborder
Et qu il lui faudra déguerpir
Ou le pire peut bien arriver







II


On aurait dû s’en douter
On aurait pu le prévoir
On dit bien « il n’y a pas de fumée sans feu »
On l’aurait parié
On est trop confiant aussi
On fait confiance à n’importe qui
On est bien naïf
On le savait pourtant
A croire qu’on le fait exprès
On l’avait pourtant bien vu venir
On aurait pu se méfier
Et après on se plaint
C’est bien fait
On ne récolte que ce qu’on a semé
Rien ne sert de se lamenter
On est devant le fait accompli
Faut faire avec ce qu’on a
On ne peut pas aller contre
On doit faire contre mauvaise fortune bon cœur
Dans le fond on fait ce qu’on peut
On se contente de peu
Quand on ne peut pas on ne peut pas
On n’est pas exigeant non plus
On ne demande pas l’impossible
On a le sens des réalités
Parfois vraiment on n’est pas compris
On ne sait pas comment se faire comprendre
On se trouve impuissant
On ne sait trop à quel saint se vouer
Alors on improvise
On tâtonne
On bricole
On n’est pas des dieux non plus
En fait on n’est vraiment pas grand-chose
On s’en aperçoit tous les jours
On aurait tort de s’entêter
Mais on y croit
On insiste
On ne s’avoue pas vaincu
On est là alors on y reste
On va son petit bout de chemin
On ne sait pas trop on l’on va
Mais on y va
On y va
On y croit en tout cas
On apprend avec l’expérience
On fait des progrès tous les jours
On s’étonne même quelques fois
D’autres fois on tombe de haut
On dit bien y’a des hauts et des bas






III
Ça suffit maintenant
Ça traîne cette histoire
Après tout ça n’a rien d’extraordinaire
Ça arrive tous les jours
Ça n’a rien d’étonnant
Tout ça est bien normal
Ça n’est pas la première fois
Ça vient ça va
Ça n’est pas une catastrophe
Si ça se trouve
Ça n’est pas si grave
Faut voir comment ça s’est produit
Ça mérite un examen
Ça dépend des circonstances
Faut voir ce que ça signifie
Ça n’est pas simple
Çà c’est sûr
Mais pleurer ça ne sert à rien
Ça aggrave la situation
Et surtout ça n’arrange rien
Faut en finir avec tout ça
Faut que ça change
Ça c’est certain
Faut que ça bouge
Ça c’est sûr
Ça demande de l’imagination
C’est de ça qu’on a besoin
Ça n’a rien de bien mystérieux
C’est ça
Ou c’est rien
Ça c’est clair
Mais ça va mieux en le disant
Ça soulage
Et ça fait du bien
Même si ça ne plaît pas à tout le monde


IV

Stop
Cessez-le-feu
Changement de direction
Faut pas se laisser aller
Faut réagir
Faut y aller carrément
Pas de discours
Debout
A l’action
Courage que diable
Au travail
Plus d’hésitations
Pas d’interrogations inutiles
A l’ouvrage
Au boulot
En marche
Au pas de course
De l’ordre
Pas d’affolement
Chacun son tour
A l’assaut
Pour la gloire
Pour l’honneur
Pour l’avenir
Du cran
Du nerf
De l’énergie
De la vigueur
Pas de quartier
Aux armes citoyens
En joue
Feu











VI

Là
Doucement
Tout doux
Du calme
Pouces
Paix
Repos
Tranquille
Couché
Fini
Fini
Silence
Voilà
Dodo
Dodo
Dodo
Lalalalalalalalalala….