La re-voilà ma France
Ma France de Bigard
Et de Mireille Mathieu
Ma France de Drucker
De Match et de Gala
Ma France
Qui pète
Qui rote
Mais en famille
Ma France couillue
Ma France poilue
Ma France qui rit
Dans la gendarmerie
Ma France qui bichonne son chienchien
Ma France qui pomponne sa tuture
Ma France qui astique sa serrure
Ma France frileuse
Ma France peureuse
Ma France abritée sous le père
Ma France à moustache de Pétain
Ma France des lettres anonymes
Ma France des murs mitoyens
Ô Nizan !
Ma France du Fouquet’s
Du Faubourg Saint Germain
Ma France au garde à vous
Le doigt sur ses coutures
Qui frissonne au clairon
Ma France des palaces
Ma France des palais
Vomissant leurs dorures
Ma France des comptes en Suisse
Ma France des comptes en douce
Ma France de Bouygues et de Lagardère
Ma France qui veille à ses frontières
Ma France qui veille à ses barrières
Ma France grillagée
Ma France clôturée
Ma France encravatée
Ma France menottée
Ma France au pas cadencé
Ma France qui « on est bien chez nous »
Ma France qui « pas de ça ici »
Ma France « y’a trop d’étrangers »
Ma France serrée sur sa branche
Ma France dans son nid douillet
Ma France sur son mol oreiller
« Y’a bien d’la misère
Mais qu’est-ce qu’on peut y faire »
Ma France qui bande au mot patrie
Ma France à la ligne bleue des Vosges
Ma France qui aime le son du cor
Le soir au fond des bois
Ma France aux tremolos dans la voix
Aux discours patriotiques
Aux défilés militaires
Ma France au ruban rouge
Ma France droite dans ses bottes
Ma France mère des arts
Des armes et des lois
Ma France de Monsieur le Curé
Ma France au Sacré Cœur
Fille aînée de l’église
Qui se montre à la messe
Et qui va à confesse
Et qui montre ses fesses
Seulement à vingt-quatre heure
Et encore c’est crypté
La re-voilà ma France
Bigote
Hypocrite
Confite
Ma France d’avant soixante-huit !
lundi 7 mai 2007
Novembre
Le ciel était gris-bleu et le soleil de novembre, invisible, diffusait une douce lumière ocre, ourlait de festons dorés les rares flocons de nuages blancs perdus dans la grisaille. Un crachin très fin tombait par intermittence, et l’on n’entendait que le crépitement des vagues, le cri des mouettes, et le sifflement du vent dans les landes. La mer était couleur d’amande et le tapis des bruyères se teintait déjà de taches violettes. Au bas des falaises, quelques aigrettes sondaient les gravières ; dans les criques, huîtriers et tournepierres fouillaient la vase, les bécasseaux avançaient puis reculaient devant le déferlement des vagues. Le vent frisquet, soufflant entre les averses apportait des effluves de goémon.
Sur le chemin des douaniers quelques couples de retraités faisaient leurs promenades de santé, silencieusement, sensibles à la grandeur du paysage, tous semblablement vêtus de parkas rouges ou bleues et de bonnets marins, tous ou presque accompagnés d’un chien. Seuls les chiens différaient ; cela allait du ridicule pékinois au terre-neuve obèse halant son maître, mais l’on pouvait constater une prédominance du caniche abricot. Au tournant du chemin une vision détonante, trois hommes affublés, sanglés dans des costumes anthracite, les cravates criardes, les visages rougeauds, vraisemblablement trois « commerciaux » accomplissant une marche digestive. Leurs cris, leurs gros rires, leurs grands gestes troublaient la quiétude, l’harmonie du lieu et du moment. Je les croisai et entendis ces paroles « juste bon pour barboter mais ça ne vaut pas la Côte ! ». J’eus instantanément un désir impulsif, irrésistible, de meurtre, je jaugeai la situation : la hauteur de la falaise, personne en vue…, la chute serait fatale. Mais ils étaient trois et j’étais seul, l’impossibilité d’agir fut assurément la seule chose qui m’arrêta, ce ne fut pas ma conscience morale qui se trouva bizarrement abolie. D’ailleurs, rien que d’y penser, je regrette encore, non mon impulsion, mais de n’avoir rien fait.
Sur le chemin des douaniers quelques couples de retraités faisaient leurs promenades de santé, silencieusement, sensibles à la grandeur du paysage, tous semblablement vêtus de parkas rouges ou bleues et de bonnets marins, tous ou presque accompagnés d’un chien. Seuls les chiens différaient ; cela allait du ridicule pékinois au terre-neuve obèse halant son maître, mais l’on pouvait constater une prédominance du caniche abricot. Au tournant du chemin une vision détonante, trois hommes affublés, sanglés dans des costumes anthracite, les cravates criardes, les visages rougeauds, vraisemblablement trois « commerciaux » accomplissant une marche digestive. Leurs cris, leurs gros rires, leurs grands gestes troublaient la quiétude, l’harmonie du lieu et du moment. Je les croisai et entendis ces paroles « juste bon pour barboter mais ça ne vaut pas la Côte ! ». J’eus instantanément un désir impulsif, irrésistible, de meurtre, je jaugeai la situation : la hauteur de la falaise, personne en vue…, la chute serait fatale. Mais ils étaient trois et j’étais seul, l’impossibilité d’agir fut assurément la seule chose qui m’arrêta, ce ne fut pas ma conscience morale qui se trouva bizarrement abolie. D’ailleurs, rien que d’y penser, je regrette encore, non mon impulsion, mais de n’avoir rien fait.
Y'a pas le feu!
Y’a pas le feu !
Vous dites
Ça brûle dans les banlieues
C’est bon pour nous ça mon coco
La peur c’est mon alliée
C’est ma copine
Ma coquine
On va te la cajoler
Te la bercer
T’la dorloter
Y’a le feu
Faut l’entretenir
Faut surtout pas jouer les pompiers
Ça serait contre productif
Faut jouer fin
Faut doser
Faut savoir suivre l’opinion
Faut caresser le poil dans l’bon sens
Ça je connais
Fais moi confiance
Un soupçon de xénophobie
Pas de racisme
Ce mot honni
Juste de la xénophobie
C’est la même chose
Mais c’est poli
Une allusion aux étrangers
Des qui n’veulent pas s’intégrer
Qu’ont reconduit dans leur pays
C’est pas un problème social
C’est pas un problème de logement
C’est pas un problème de chômage
C’est un probléme de volonté
Là t’as plus qu’à mesurer
T’es remonté dans les sondages
T’as fait preuve de fermeté
Maintenant pour faire d’la politique
L’important c’est d’savoir causer
Connaître les mots à employer
Etranger
Délinquant
Racaille
Emigration
Clandestinité
Criminalité
Après t’as plus qu’à mélanger
Qu’à évoquer tes intentions
Un zest de répression
Une pointe de condamnation
Une pincée d’expulsions
Et c’est ficelé
C’est gagné
C’est du bonheur
C’est du nanan
Le seul problème
C’est qu’faut durer
Faut y’aller progressivement
Les élections c’est pas maintenant
Faut pas brusquer
Faut habituer
Faut durer
C’est l’plus difficile
Pour ça bien sûr y’a la télé
C’est mon amie
C’est mon aimée
Y’as pas besoin d’la forcer
L’est consentante
L’est dans mon lit
Et si par hasard
JE l’oublie
Elle vient m’chercher
C’est une garce
L’est comme moi
L’adore l’opinion
L’opinion
C’est sa passion.
Vous dites
Ça brûle dans les banlieues
C’est bon pour nous ça mon coco
La peur c’est mon alliée
C’est ma copine
Ma coquine
On va te la cajoler
Te la bercer
T’la dorloter
Y’a le feu
Faut l’entretenir
Faut surtout pas jouer les pompiers
Ça serait contre productif
Faut jouer fin
Faut doser
Faut savoir suivre l’opinion
Faut caresser le poil dans l’bon sens
Ça je connais
Fais moi confiance
Un soupçon de xénophobie
Pas de racisme
Ce mot honni
Juste de la xénophobie
C’est la même chose
Mais c’est poli
Une allusion aux étrangers
Des qui n’veulent pas s’intégrer
Qu’ont reconduit dans leur pays
C’est pas un problème social
C’est pas un problème de logement
C’est pas un problème de chômage
C’est un probléme de volonté
Là t’as plus qu’à mesurer
T’es remonté dans les sondages
T’as fait preuve de fermeté
Maintenant pour faire d’la politique
L’important c’est d’savoir causer
Connaître les mots à employer
Etranger
Délinquant
Racaille
Emigration
Clandestinité
Criminalité
Après t’as plus qu’à mélanger
Qu’à évoquer tes intentions
Un zest de répression
Une pointe de condamnation
Une pincée d’expulsions
Et c’est ficelé
C’est gagné
C’est du bonheur
C’est du nanan
Le seul problème
C’est qu’faut durer
Faut y’aller progressivement
Les élections c’est pas maintenant
Faut pas brusquer
Faut habituer
Faut durer
C’est l’plus difficile
Pour ça bien sûr y’a la télé
C’est mon amie
C’est mon aimée
Y’as pas besoin d’la forcer
L’est consentante
L’est dans mon lit
Et si par hasard
JE l’oublie
Elle vient m’chercher
C’est une garce
L’est comme moi
L’adore l’opinion
L’opinion
C’est sa passion.
samedi 5 mai 2007
La plage
La plage, en forme d’anse, est divisée en deux par « les cordes », un alignement de cinq poteaux qui soutiennent des cordes, permettant ainsi aux nageurs hésitants ou aux personnes âgées de s’aventurer à quelques mètres du bord ; mais cette division joue un rôle plus important encore, elle organise une répartition spatiale des estivants dont le caractère social n’apparaîtra qu’à l’observateur assidu des mœurs de cette population intermittente.
A gauche des cordes s’installent les familles, propriétaires des petites villas, habitués qui se connaissent, se fréquentent et regardent les enfants grandir d’été en été, échangent des propos banals avant d’étendre leurs serviettes ou d’arrimer leurs parasols, les éphémères habitants des locations d’été et les campeurs ; un petit monde bigarré et bruyant d’adultes et d’enfants qu’attirent la mer et me soleil.
A droite des cordes est le domaine des grandes familles. Un domaine jalousement réservé et préservé. il m’est arrivé, lors des grandes marées, alors que l’espace de sable sec se réduit, d’étendre ma serviette dans cette zone interdite ; Des regards courroucés,voire des piétinements mal intentionnés m’ont alors rapidement fait comprendre mon erreur. Je n’étais pas des leurs.
Les grandes familles, ce sont les propriétaires des « chalets », anciennes demeures du début du siècle dernier, construites le long de la côte, aux allures de gentilhommières médiévales revues par un mauvais élève de Viollet-Le-Duc, surplombées de tours, et possédant toutes une sorte de belvédère vitré qui permet de regarder la mer. Ces manoirs pompeux, bâtis par les armateurs nantais dont la fortune tient pour beaucoup à l’esclavage, sont aujourd’hui transmis à des héritiers qui s’efforcent tant bien que mal à maintenir un train de vie essoufflé. Ils ne fréquentent que leurs semblables, et se retrouvent dans « le club » pour des activités qui marquent leur appartenance sociale : tennis et rallyes, garden-parties et réceptions vespérales que l’on se rend réciproquement au long de la saison.
Il faut les voir, le dimanche à la sortie de la messe qu’ils fréquentent assidûment et ostensiblement, les hommes vêtus de pantalons crème et de blazers bleus, les femmes en jupes et blazers de même, les enfants habillés de leurs vêtements du dimanche qui ressemblent étrangement aux uniformes des écoles catholiques, à la différence que les petits garçons portent des bermudas à carreaux de bonne coupe au-dessus de leurs chaussettes blanches et souliers vernis.
Les grandes familles vont à la plage mais chez elles et à leurs heures. Elles arrivent vers douze heures trente, à l’heure où les gens du peuple commencent à rejoindre leurs foyers pour le repas de midi. Leur arrivée même est ritualisée : quelques femmes d’abord accompagnées d’enfants, on étend les serviettes, on se salue, on se congratule, on s’assoie, on attend. Bientôt les hommes arrivent : congratulations, tapes dans le dos, les femmes se lèvent, baisemains, on s’assoie, on attend à nouveau. Treize heures, phase décisive : arrivée des personnalités ; Il s’agit des parents proches du député Dupin et de sa famille par alliance, les Dupin-Morrissot. Il faut dire que depuis trois siècles tous ces gens ont du sang commun hérité de mariages d’affaires. L’arrivée des personnalités est toujours imposante. Les plus âgés viennent majestueusement drapés dans des peignoirs de bain, sans doute pour masquer la nudité qui aurait aboli toute distinction. Dès leur apparition au haut de la plage, tous se lèvent et attendent leur approche, à l’arrivée les congratulations reprennent, effrénées. Lorsque le député Dupin est présent, tous se précipitent, se pressent, c’est à qui sera le premier à lui serrer la main, on se fait courtisan, on s’incline, on se pâme.
Il semble que le cérémonial remonte au vieux Dupin, le ministre du Général. Il fallait le voir effectuer sa descente à la plage, à pas lents, calme, mesuré, vêtu de son fameux peignoir pourpre, avec la dignité d’un sénateur de l’empire ou d’un membre du Sacré Collège.
Le séjour sur la plage est relativement bref, on entre dans l’eau par petits groupes, on converse longtemps dans l’eau à mi corps, ceux qui ne se baignent pas restent sur le rivage et portent les serviettes. On retourne s’étendre au soleil, puis, vers quatorze heures, à l’heure où le peuple revient on s’en retourne après d’ultimes salutations : le député s’il est là, d’abord, puis les apparentés les plus proches, les hommes, enfin les femmes accompagnées des enfants.
L’espace est alors provisoirement libéré jusqu’à seize heures, lorsque les femmes reviennent pour la baignade des enfants, à moins qu’ils ne soient accompagnés par les bonnes africaines.
A gauche des cordes s’installent les familles, propriétaires des petites villas, habitués qui se connaissent, se fréquentent et regardent les enfants grandir d’été en été, échangent des propos banals avant d’étendre leurs serviettes ou d’arrimer leurs parasols, les éphémères habitants des locations d’été et les campeurs ; un petit monde bigarré et bruyant d’adultes et d’enfants qu’attirent la mer et me soleil.
A droite des cordes est le domaine des grandes familles. Un domaine jalousement réservé et préservé. il m’est arrivé, lors des grandes marées, alors que l’espace de sable sec se réduit, d’étendre ma serviette dans cette zone interdite ; Des regards courroucés,voire des piétinements mal intentionnés m’ont alors rapidement fait comprendre mon erreur. Je n’étais pas des leurs.
Les grandes familles, ce sont les propriétaires des « chalets », anciennes demeures du début du siècle dernier, construites le long de la côte, aux allures de gentilhommières médiévales revues par un mauvais élève de Viollet-Le-Duc, surplombées de tours, et possédant toutes une sorte de belvédère vitré qui permet de regarder la mer. Ces manoirs pompeux, bâtis par les armateurs nantais dont la fortune tient pour beaucoup à l’esclavage, sont aujourd’hui transmis à des héritiers qui s’efforcent tant bien que mal à maintenir un train de vie essoufflé. Ils ne fréquentent que leurs semblables, et se retrouvent dans « le club » pour des activités qui marquent leur appartenance sociale : tennis et rallyes, garden-parties et réceptions vespérales que l’on se rend réciproquement au long de la saison.
Il faut les voir, le dimanche à la sortie de la messe qu’ils fréquentent assidûment et ostensiblement, les hommes vêtus de pantalons crème et de blazers bleus, les femmes en jupes et blazers de même, les enfants habillés de leurs vêtements du dimanche qui ressemblent étrangement aux uniformes des écoles catholiques, à la différence que les petits garçons portent des bermudas à carreaux de bonne coupe au-dessus de leurs chaussettes blanches et souliers vernis.
Les grandes familles vont à la plage mais chez elles et à leurs heures. Elles arrivent vers douze heures trente, à l’heure où les gens du peuple commencent à rejoindre leurs foyers pour le repas de midi. Leur arrivée même est ritualisée : quelques femmes d’abord accompagnées d’enfants, on étend les serviettes, on se salue, on se congratule, on s’assoie, on attend. Bientôt les hommes arrivent : congratulations, tapes dans le dos, les femmes se lèvent, baisemains, on s’assoie, on attend à nouveau. Treize heures, phase décisive : arrivée des personnalités ; Il s’agit des parents proches du député Dupin et de sa famille par alliance, les Dupin-Morrissot. Il faut dire que depuis trois siècles tous ces gens ont du sang commun hérité de mariages d’affaires. L’arrivée des personnalités est toujours imposante. Les plus âgés viennent majestueusement drapés dans des peignoirs de bain, sans doute pour masquer la nudité qui aurait aboli toute distinction. Dès leur apparition au haut de la plage, tous se lèvent et attendent leur approche, à l’arrivée les congratulations reprennent, effrénées. Lorsque le député Dupin est présent, tous se précipitent, se pressent, c’est à qui sera le premier à lui serrer la main, on se fait courtisan, on s’incline, on se pâme.
Il semble que le cérémonial remonte au vieux Dupin, le ministre du Général. Il fallait le voir effectuer sa descente à la plage, à pas lents, calme, mesuré, vêtu de son fameux peignoir pourpre, avec la dignité d’un sénateur de l’empire ou d’un membre du Sacré Collège.
Le séjour sur la plage est relativement bref, on entre dans l’eau par petits groupes, on converse longtemps dans l’eau à mi corps, ceux qui ne se baignent pas restent sur le rivage et portent les serviettes. On retourne s’étendre au soleil, puis, vers quatorze heures, à l’heure où le peuple revient on s’en retourne après d’ultimes salutations : le député s’il est là, d’abord, puis les apparentés les plus proches, les hommes, enfin les femmes accompagnées des enfants.
L’espace est alors provisoirement libéré jusqu’à seize heures, lorsque les femmes reviennent pour la baignade des enfants, à moins qu’ils ne soient accompagnés par les bonnes africaines.
conte du méchant roi
L’histoire que je vais vous raconter se passait il y a longtemps, bien longtemps, dans un pays lointain, si lointain, si perdu que vous n’en trouverez la trace sur aucune carte. Dans ce pays régnait un roi ; il régnait depuis si longtemps, si longtemps que personne ne se souvenait quand son règne avait commencé. On était tellement habitué à lui que nul n’y prêtait attention ; il faisait partie du paysage comme les arbres des allées, comme les oiseaux du ciel, comme la pluie et le beau temps. Parfois, dans des circonstances solennelles, lors de la fête nationale ou lors des visites de monarques étrangers on sortait le roi, il prononçait alors quelques paroles inaudibles que personne n’écoutait , puis on le rentrait jusqu’aux prochaines grandes occasions.
Ce roi avait de nombreux ministres, de nombreux conseillers, et aussi de nombreux courtisans qui s’empressaient autour de lui mais espéraient un jour pouvoir le remplacer. L’un de ceux-ci se nommait Ludovic ; c’était un lutin, mais un lutin maléfique, un lutin malfaisant car il y a toutes sortes de lutins. Les gens le surnommaient le ludion, car lorsqu’il était en colère, et il était toujours en colère, il trépignait et sautait tellement qu’on aurait effectivement dit un ludion.
Il devint ministre.
Le ludion était vraiment méchant, il voyait le monde à son image, c'est-à-dire qu’il voyait le mal partout. Il faisait régner la terreur, ses prisons étaient toujours pleines et il avait fait construire tant de prisons que la moitié de la population se trouvait au cachot. L’autre moitié vivait dans l’effroi, il suffisait d’un mot de travers pour que l’on se retrouve derrière les barreaux, aussi ne disait-on rien : on ne parlait plus, on se taisait. le pays devint ainsi peu à peu silencieux, même les oiseaux dans les arbres se taisaient, même les chiens, les chats, les coqs dans les basses-cours. Comme il n’y avait plus assez de bras pour cultiver la terre, plus assez de meuniers pour faire tourner les moulins, plus assez de forgerons, plus assez de tisserands, toute activité s’arrêta. Bientôt le ciel même perdit ses couleurs de peur de déplaire, puis l’herbe, les arbres, les fleurs se fanèrent. Tout était comme figé ; le soleil, certainement dégoûté par l’horreur du spectacle avait fini par déserter les lieux.
Alors ce fut terrible : affamés, transis de froid, les habitants quittèrent leurs villages inutiles et se répandirent sur les chemins à la recherche d’on ne sait quoi, se nourrissant de l’écorce des arbres, de lichens et même mangeant de la terre gelée.
Et le roi ? Le roi ne disait rien, peut être lui-même avait il peur, ou bien, enfermé dans son palais, au milieu de ses courtisans ignorait-il ce qui se passait au-dehors. Un beau jour, fatigué de ne rien dire, de ne rien savoir, de ne rien faire, il mourut. Le ludion, alors, devint roi. Il avait tant attendu ce jour qu’il décida d’organiser une grande cérémonie du couronnement ; il voulut des pages, des hérauts, des valets, des soldats, des chevaliers, des cuisiniers, des marmitons, des veneurs, des musiciens, des conteurs, des jongleurs : il n’y avait plus personne. Il arriva à rassembler quelques pauvres erres sans énergie, qui n’avaient plus que la peau sur les os et furent incapables de jouer ces rôles. Il décida alors de vider les prisons, malheureusement il était trop tard, la faim, la maladie et la potence avaient déjà vidé les prisons. Alors le ludion entra dans une colère abominable, il trépigna, il sauta, et trépigna encore et… ce fut sa dernière colère car il éclata. Il se mit alors à pleuvoir en abondance comme pour nettoyer le royaume, puis le soleil qui avait disparu depuis si longtemps revint, puis l’herbe reverdit, puis les feuilles vinrent aux arbres, un coq chanta et les derniers habitants survivants reprirent espoir. Les moulins moulinèrent, les forgeons forgèrent, les tisserands tissèrent, mais dans le pays lointain plus jamais aucun roi ne régna, ni aucun conseiller, ni aucun courtisan.
Ce roi avait de nombreux ministres, de nombreux conseillers, et aussi de nombreux courtisans qui s’empressaient autour de lui mais espéraient un jour pouvoir le remplacer. L’un de ceux-ci se nommait Ludovic ; c’était un lutin, mais un lutin maléfique, un lutin malfaisant car il y a toutes sortes de lutins. Les gens le surnommaient le ludion, car lorsqu’il était en colère, et il était toujours en colère, il trépignait et sautait tellement qu’on aurait effectivement dit un ludion.
Il devint ministre.
Le ludion était vraiment méchant, il voyait le monde à son image, c'est-à-dire qu’il voyait le mal partout. Il faisait régner la terreur, ses prisons étaient toujours pleines et il avait fait construire tant de prisons que la moitié de la population se trouvait au cachot. L’autre moitié vivait dans l’effroi, il suffisait d’un mot de travers pour que l’on se retrouve derrière les barreaux, aussi ne disait-on rien : on ne parlait plus, on se taisait. le pays devint ainsi peu à peu silencieux, même les oiseaux dans les arbres se taisaient, même les chiens, les chats, les coqs dans les basses-cours. Comme il n’y avait plus assez de bras pour cultiver la terre, plus assez de meuniers pour faire tourner les moulins, plus assez de forgerons, plus assez de tisserands, toute activité s’arrêta. Bientôt le ciel même perdit ses couleurs de peur de déplaire, puis l’herbe, les arbres, les fleurs se fanèrent. Tout était comme figé ; le soleil, certainement dégoûté par l’horreur du spectacle avait fini par déserter les lieux.
Alors ce fut terrible : affamés, transis de froid, les habitants quittèrent leurs villages inutiles et se répandirent sur les chemins à la recherche d’on ne sait quoi, se nourrissant de l’écorce des arbres, de lichens et même mangeant de la terre gelée.
Et le roi ? Le roi ne disait rien, peut être lui-même avait il peur, ou bien, enfermé dans son palais, au milieu de ses courtisans ignorait-il ce qui se passait au-dehors. Un beau jour, fatigué de ne rien dire, de ne rien savoir, de ne rien faire, il mourut. Le ludion, alors, devint roi. Il avait tant attendu ce jour qu’il décida d’organiser une grande cérémonie du couronnement ; il voulut des pages, des hérauts, des valets, des soldats, des chevaliers, des cuisiniers, des marmitons, des veneurs, des musiciens, des conteurs, des jongleurs : il n’y avait plus personne. Il arriva à rassembler quelques pauvres erres sans énergie, qui n’avaient plus que la peau sur les os et furent incapables de jouer ces rôles. Il décida alors de vider les prisons, malheureusement il était trop tard, la faim, la maladie et la potence avaient déjà vidé les prisons. Alors le ludion entra dans une colère abominable, il trépigna, il sauta, et trépigna encore et… ce fut sa dernière colère car il éclata. Il se mit alors à pleuvoir en abondance comme pour nettoyer le royaume, puis le soleil qui avait disparu depuis si longtemps revint, puis l’herbe reverdit, puis les feuilles vinrent aux arbres, un coq chanta et les derniers habitants survivants reprirent espoir. Les moulins moulinèrent, les forgeons forgèrent, les tisserands tissèrent, mais dans le pays lointain plus jamais aucun roi ne régna, ni aucun conseiller, ni aucun courtisan.
lundi 16 avril 2007
Biblique
Quand Moïse suivi de tous ses zébreux arriva en vue de la terre de Canaan, il jeta un regard sue la plaine qui s’étendait à ses pieds puis se retournant vers son peuple il s’écria : « voici la terre de miel, de jasmin, de cannelle, de gingembre, de poivre, de paprika, de piment, de muscade, de thym et de laurier, de lavande et de romarin, de trèfle et de luzerne, d’anis vert et étoilé, de basilic, de carvi, de cerfeuil, de ciboule et de ciboulette, de cumin et de cynorrhodon, d’échalote et de pistache, de mauve et d’estragon, de girofle et de menthe, de panais et de persil, de rhubarbe et de sauge, de sarriette et de safran, de vanille et de pimprenelle que je vous avais promise ». Puis Moïse éternua trois fois, on lui fit une bonne infusion et comme il était très fatigué il finit par s’endormir rapidement
Résidence les Lilas
La clairvoyance d’un gendarme, ou le hasard, avait enfin permis d’élucider cette ténébreuse affaire qui avait endeuillé et terrifié la petite station balnéaire. Six meurtres en trois mois, c’en était vraiment de trop, les renforts policiers, les aller et venues de la presse régionale puis nationale, avaient atteint profondément la quiétude du petit village habituellement endormi hors de la saison touristique. Les habitants, méfiants, ne se parlaient plus ou ne parlaient que de ça, alors qu’autrefois les échanges portaient sur la couleur du ciel, le mouvement des vents ou les effets de la marée.
Ce qui avait frappé l’opinion ainsi que les enquêteurs d’ailleurs était l’étonnante disparité des victimes : toutes des femmes certes, mais d’âges et de conditions différentes, depuis la grand-mère veuve et retraitée jusqu’à la jeune et sémillante secrétaire de l’office du tourisme, cette dernière étant la plus récente victime. On avait interrogé et ré interrogé tout le monde, sans résultat. Rien ne permettait d’établir des coïncidences entre les existences ordinaires des différentes victimes. A croire que le tueur en série avait frappé au hasard. Mais cela ne collait pas. Les super profileurs missionnés par le Parquet n’étaient d’accord que sur un point : un tueur en série ne frappe pas au hasard, il choisit ses victimes, toute la littérature policière confirmait ce point. Mais quel rapport pouvait-il y avoir entre une secrétaire à l’Office du Tourisme, une grand-mère retraitée, une pêcheuse de bigorneaux, une représentante en articles ménagers, de passage de surcroît, une étudiante en arts plastiques, une épicière unijambiste, une employée du crédit agricole ? Six personnes qui pour s’être croisées dans la grande rue ne s’étaient vraiment adressé la parole et n’entretenaient aucun lien amical, familial ou de circonstance. La seule certitude était que le criminel habitait le village ou les environs. Mais rien, aucun indice, aucune attitude déviante, aucun écart de conduite n’avaient pu éclairer les gendarmes, super gendarmes, journalistes divers, enquêteurs officiels et officieux qui pullulaient et emplissaient en soirée la petite salle à manger de l’hôtel de la plage.
Le gendarme Le Gallec après avoir minutieusement établi les inventaires des objets appartenant aux victimes avait trouvé une coïncidence anodine : tous possédaient un ou plusieurs flacons d’un même parfum bon marché nommé Lilas que le Bazar du Centre avait mis en vente à l’occasion des fêtes de noël. Les six victimes se parfumaient à l’essence de lilas ! Le gendarme Le Gallec avait donc décidé d’explorer cette piste. Une déclaration au Courrier de Paimbeuf et s’en était fait : on recherchait le « tueur au lilas ». On interrogea à nouveau les habitants du village et l’on finit par dénicher un divorcé récent, facteur de son état et qui vraisemblablement avait voulu se venger du genre féminin, particulièrement lorsque, comme son ex-épouse il se parfumait au lilas. Il avoua rapidement et fut déféré à la justice nantaise. Le petit village enterra ses morts et tenta d’oublier en s’affairant à la préparation d’une saison touristique qui s’annonçait excellente du fait d’une publicité inespérée.
La maison de retraite préparait sa fête de printemps. Les ateliers de coloriage et de découpage y travaillaient depuis plusieurs semaines et l’on avait préparé des ribambelles de fleurs en papiers du plus bel effet. Les plus valides s’étaient affairé à la cuisine et l’on avait vêtu les impotents de leurs plus beaux atours. Le coiffeur du village s’était déplacé et avait œuvré pendant deux jours aux frais de la municipalité.
Le moment fort de la fête serait la venue, dans la soirée de la chorale de l’école qui répétait depuis un mois la Romance du lilas sous la direction de l’instituteur, artiste à ses heures et féru de psychologie. Ne voyez aucune ironie morbide dans ce choix, tout semblait oublié et si ce n’était le cas, voyez-y plutôt une revanche de la vie, une façon de forcer le destin : il faut disait l’instituteur, soigner le mal par le mal.
Vers quinze heures, une nouvelle vint troubler la sérénité de cette heureuse journée. On apprit que le « tueur au lilas » avait profité d’un transfert et d’une inattention de ses gardiens pour s’échapper. Monsieur le maire, la directrice de la maison de retraite et monsieur l’instituteur, informés par la préfecture, tinrent conseil et décidèrent qu’il était prudent de reporter les festivités à une date ultérieure. Les enfants furent consignés dans leurs foyers, dans le petit village toutes les portes se fermèrent et les rues se vidèrent.
Restait le repas de fête qui, préparé, ne pouvait être reporté. Les pensionnaires eurent donc droit aux gâteaux et au champagne, ce qui fait qu’il fut impossible de les coucher à huit heures. A huit heures, en outre, on apprit que le fugitif avait été repris. C’est donc l’esprit tranquille qu’on installa tout ce petit monde devant le poste de télévision. Qui eut l’idée saugrenue de faire le choix d’une émission-débat portant sur « la campagne pour les présidentielles ».
On ne sait. Fut-ce le choix d’un pensionnaire ou d’un membre du personnel ? On ne sait. Mais on dénombra dix-sept morts et soixante-trois blessés.
Ce qui avait frappé l’opinion ainsi que les enquêteurs d’ailleurs était l’étonnante disparité des victimes : toutes des femmes certes, mais d’âges et de conditions différentes, depuis la grand-mère veuve et retraitée jusqu’à la jeune et sémillante secrétaire de l’office du tourisme, cette dernière étant la plus récente victime. On avait interrogé et ré interrogé tout le monde, sans résultat. Rien ne permettait d’établir des coïncidences entre les existences ordinaires des différentes victimes. A croire que le tueur en série avait frappé au hasard. Mais cela ne collait pas. Les super profileurs missionnés par le Parquet n’étaient d’accord que sur un point : un tueur en série ne frappe pas au hasard, il choisit ses victimes, toute la littérature policière confirmait ce point. Mais quel rapport pouvait-il y avoir entre une secrétaire à l’Office du Tourisme, une grand-mère retraitée, une pêcheuse de bigorneaux, une représentante en articles ménagers, de passage de surcroît, une étudiante en arts plastiques, une épicière unijambiste, une employée du crédit agricole ? Six personnes qui pour s’être croisées dans la grande rue ne s’étaient vraiment adressé la parole et n’entretenaient aucun lien amical, familial ou de circonstance. La seule certitude était que le criminel habitait le village ou les environs. Mais rien, aucun indice, aucune attitude déviante, aucun écart de conduite n’avaient pu éclairer les gendarmes, super gendarmes, journalistes divers, enquêteurs officiels et officieux qui pullulaient et emplissaient en soirée la petite salle à manger de l’hôtel de la plage.
Le gendarme Le Gallec après avoir minutieusement établi les inventaires des objets appartenant aux victimes avait trouvé une coïncidence anodine : tous possédaient un ou plusieurs flacons d’un même parfum bon marché nommé Lilas que le Bazar du Centre avait mis en vente à l’occasion des fêtes de noël. Les six victimes se parfumaient à l’essence de lilas ! Le gendarme Le Gallec avait donc décidé d’explorer cette piste. Une déclaration au Courrier de Paimbeuf et s’en était fait : on recherchait le « tueur au lilas ». On interrogea à nouveau les habitants du village et l’on finit par dénicher un divorcé récent, facteur de son état et qui vraisemblablement avait voulu se venger du genre féminin, particulièrement lorsque, comme son ex-épouse il se parfumait au lilas. Il avoua rapidement et fut déféré à la justice nantaise. Le petit village enterra ses morts et tenta d’oublier en s’affairant à la préparation d’une saison touristique qui s’annonçait excellente du fait d’une publicité inespérée.
La maison de retraite préparait sa fête de printemps. Les ateliers de coloriage et de découpage y travaillaient depuis plusieurs semaines et l’on avait préparé des ribambelles de fleurs en papiers du plus bel effet. Les plus valides s’étaient affairé à la cuisine et l’on avait vêtu les impotents de leurs plus beaux atours. Le coiffeur du village s’était déplacé et avait œuvré pendant deux jours aux frais de la municipalité.
Le moment fort de la fête serait la venue, dans la soirée de la chorale de l’école qui répétait depuis un mois la Romance du lilas sous la direction de l’instituteur, artiste à ses heures et féru de psychologie. Ne voyez aucune ironie morbide dans ce choix, tout semblait oublié et si ce n’était le cas, voyez-y plutôt une revanche de la vie, une façon de forcer le destin : il faut disait l’instituteur, soigner le mal par le mal.
Vers quinze heures, une nouvelle vint troubler la sérénité de cette heureuse journée. On apprit que le « tueur au lilas » avait profité d’un transfert et d’une inattention de ses gardiens pour s’échapper. Monsieur le maire, la directrice de la maison de retraite et monsieur l’instituteur, informés par la préfecture, tinrent conseil et décidèrent qu’il était prudent de reporter les festivités à une date ultérieure. Les enfants furent consignés dans leurs foyers, dans le petit village toutes les portes se fermèrent et les rues se vidèrent.
Restait le repas de fête qui, préparé, ne pouvait être reporté. Les pensionnaires eurent donc droit aux gâteaux et au champagne, ce qui fait qu’il fut impossible de les coucher à huit heures. A huit heures, en outre, on apprit que le fugitif avait été repris. C’est donc l’esprit tranquille qu’on installa tout ce petit monde devant le poste de télévision. Qui eut l’idée saugrenue de faire le choix d’une émission-débat portant sur « la campagne pour les présidentielles ».
On ne sait. Fut-ce le choix d’un pensionnaire ou d’un membre du personnel ? On ne sait. Mais on dénombra dix-sept morts et soixante-trois blessés.
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